Les galeries françaises à l’assaut de la foire Art Basel Miami

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 1 décembre 2005

La foire Art Basel Miami Beach en Floride a tout pour séduire les plus importantes galeries mondiales. À commencer par les françaises qui investissent toutes les sections.

Les galeries françaises d’art contemporain n’ont peut-être pas une bonne visibilité sur la scène artistique internationale, mais elles continuent de promouvoir leurs artistes vaille que vaille partout dans le monde. « Pour mieux valoriser nos créateurs à l’étranger, nous devons mieux les valoriser en France », avait martelé en octobre dernier le Premier Ministre Dominique de Villepin, lors d’un discours à la Fiac, le grand raout parisien de l’art moderne et contemporain.
En attendant, une douzaine de promoteurs français de la création contemporaine sont partis à la conquête de l’Amérique. Direction la Floride avec Art Basel Miami Beach 4e édition : nouveau foyer bouillonnant pour l’art du xxe et xxie siècle. Le marchand français Yvon Lambert y montre les créations récentes des artistes de ses deux galeries (Paris et New York). Une installation audiovisuelle de la série Fantôme créole d’Isaac Julien, artiste exposé actuellement au musée d’Art contemporain de Miami et une sculpture de Bertrand Lavier, créateur français à découvrir dans une exposition de groupe présentée jusqu’en janvier 2006 au Bass Museum of Art de Miami.
La galerie parisienne Lelong implantée à New York expose, entre autres, Ana Mendieta, artiste native de Cuba décédée tragiquement à 36 ans en 1985 et qui bénéficie d’une rétrospective au musée de Miami à cette même époque.

Tous les secteurs de la foire
Les plus jeunes galeries tricolores, en pleine ascension, sont aussi de la partie. La galeriste Valérie Cueto débarque avec Idols, une installation en plusieurs parties qui ne va pas passer inaperçue. Une enseigne lumineuse Evils (l’anagramme d’Elvis) et une vidéo annoncent la couleur : si les idoles d’hier étaient des rock stars, ce sont à présent les militaires qui s’imposent à nous. Et l’objet de culte n’est plus la guitare, mais la kalachnikov. L’installation est signée Vuk Vidor, artiste de 30 ans né à Belgrade et travaillant à Paris. Elle est exposée dans la section « Art Positions », c’est-à-dire une suite de containers aménagés en espaces d’exposition en bord de plage à 100 mètres du Convention Center.
Également pour « Art Positions », la galerie Air de Paris a donné carte blanche au duo de graphistes français M/M dont le grand public connaît quelques aspects de leur œuvre telle la pochette du disque American Life de Madonna (où la chanteuse apparaît en guévariste) ou encore l’image de la chanteuse Björk à travers des pochettes d’albums ou livres.
Du côté du secteur « Art Nova » (une plate-forme de 52 galeries réservée à la très jeune création artistique), on trouve aussi deux Français : les galeries Praz-Delavallade et Loevenbruck. La première montre un one-man show de Philippe Decrauzat qui joue avec l’art optique et l’œil du spectateur. La seconde défend un trio d’artistes frenchy : Olivier Blanckart en résidence aux États-Unis pour un an ; Bruno Peinado qui a déjà à son actif deux expositions personnelles au Swiss Institute de New York et dans la galerie Parker’s Box de Brooklyn, et Philippe Mayaux dont les gouaches abordent avec un humour décapant les travers humains.
Enfin, la galerie Chantal Crousel a été sélectionnée pour inaugurer avec quatorze autres participants le nouveau concept « Art Kabinett », sorte de mini-show organisé librement dans une pièce d’exposition isolée du reste du stand. Avec le duo d’artistes Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla, la galerie parisienne évoque un thème d’actualité : les cyclones dans le sud des États-Unis, avec une installation composée d’un palmier et d’un ventilateur dont les ailettes tournent dans le sens opposé des aiguilles d’une montre comme le font les cyclones des Caraïbes.

La petite sœur suisse
Devenue en moins de quatre ans d’existence la première foire américaine pour l’art du xxe siècle et la création actuelle, Art Basel Miami Beach est un concept de foire exportée du Vieux Continent, plus exactement d’Art Basel, célèbre foire en Suisse d’où elle tire son nom et qui reste, après 36 éditions, le numéro 1 mondial des foires dédiées à l’art contemporain.
À six mois d’intervalle avec sa grande sœur bâloise, la foire internationale de Miami tire tous les avantages du dynamisme culturel, économique et touristique qui fait la richesse de la Floride, dans un contexte où les vieilles foires de Chicago et l’Armory Show de New York sont en perte de vitesse. Près de 200 exposants se partagent l’affiche d’Art Basel Miami Beach 2005, très glamour dans les diverses sections proposées.
Dans une ambiance plus festive qu’ailleurs, Art Basel Miami Beach a su tirer parti de la plage sur laquelle se déroulent des performances artistiques et animations diurnes comme nocturnes. Sur ce rivage, prend également place la suite des vingt containers d’« Art Positions » convertis en lieux d’exposition pour de jeunes galeries n’ayant pas le budget pour un stand dans le bâtiment principal abritant le show général.
À travers « Art Project », les organisateurs de la foire ont trouvé des relais pour la présentation d’œuvres en plein air dans la ville, aux abords des musées ou dans des places et jardins publics. Et tout cela est loin d’être de la poudre aux yeux.

Un succès attendu
La foire de Miami a rapidement attiré de prestigieuses galeries à l’instar des marchands américains Acquavella, Gagosian, Pace Wildenstein ou Richard Gray pour les valeurs établies de l’art du XXe siècle comme de nombreuses galeries d’art actuel très tendance réservant leurs expérimentations artistiques et prises de positions pour ce rendez-vous incontournable. Et ainsi déplacer une foule d’amateurs fortunés et de conservateurs de musées motivés provenant de toute l’Amérique, y compris d’Amérique du Sud.

4e édition de la version US de la foire suisse. Directeur :Samuel Keller. 620 candidats, 195 galeries dont 55 nouvelles. 10 sections structurent la foire. Elles représentent plus de 2 000 artistes. 33 000 visiteurs en 2004 dont 6 000 au seul vernissage. Informations pratiques La 4e édition d’Art Basel à Miami Beach se tient du 1er au 3 décembre de 12 h à 22 h et le 4 de jusqu’à 18 h. Tarifs : 22 $ (18 euros) la journée. Miami Beach Convention Center, www.artbaselmiamibeach.com

Emmanuel Perrotin Star système Ce fêtard invétéré n’a pas peur de s’exporter. Coqueluche du milieu de l’art contemporain en France, Emmanuel Perrotin inaugure en décembre 2005 sa galerie de 3 600 m2 à Miami, à quelques encablures d’Art Basel Miami à laquelle il participe depuis le début. Côté foire, une programmation en conjonction avec la galerie parisienne, plus le travail de nouveaux artistes tels que Christina Lei Rodriguez. Côté galerie américaine, trois expositions personnelles : les peintures du Français Bernard Frize ; la nouvelle série de diptyques photographiques de l’Américano-Polonais Piotr Uklanski et les travaux de Martin Oppel, un artiste local. Doté d’un appartement de trois chambres, cet espace est aussi prévu pour recevoir la jet-set de l’art. Stéphane Custot Classique moderne Présent à Miami pour la première fois, Stéphane Custot investit le secteur où sont regroupés les poids lourds de l’art moderne. À côté de pièces « classiques » comme Gun, une grande toile sérigraphiée de Warhol, un grand mobile de Calder de 1954, ou encore une gigantesque sculpture Nana de Niki de Saint Phalle et quelques œuvres de Miró et de Botero, il présente une quinzaine de peintures, aquarelles et dessins de Dubuffet datant de 1945 à 1970 ainsi qu’une quinzaine de tableaux signés Max Ernst. « Il y a beaucoup d’intérêt et de demandes pour le surréalisme aux États-Unis, note Stéphane Custot. Et comme on a pu le voir dans les dernières ventes new-yorkaises, une accélération des prix pour Max Ernst. » Kamel Mennour L’amour du risque Le galeriste parisien Kamel Mennour revient pour la deuxième fois à Miami. Avec l’artiste Adel Abdessemed, « un Français d’origine algérienne comme moi ! », il livre l’audacieux projet « Bourek ». Bourek désigne une pâtisserie orientale constituée de feuilles de bricks. À Miami, il prend la forme d’une énorme sculpture faite à partir d’un véritable Falcone de 17 mètres roulé façon bourek et exposé en plein air. Non loin, dans un des containers sont projetés trois films montrant la chute d’une caméra dans un avion à Paris, à Berlin et à Miami. « Cette exposition compliquée à monter m’a donné beaucoup de stress », avoue Kamel Mennour. Et ce n’est sans doute pas fini : quand on sait combien les Américains ont la phobie des avions !

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°575 du 1 décembre 2005, avec le titre suivant : Les galeries françaises à l’assaut de la foire Art Basel Miami

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