Les fauves

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 10 août 2007

Alors que le fauvisme est plus que centenaire, le musée des Beaux-Arts de Bordeaux célèbre ses acteurs principaux, mais aussi ses seconds rôles selon un scénario séduisant. Le fauvisme, à l’image du cubisme, est le fruit d’une longue élaboration qui regroupa parmi les plus belles langues de la peinture. Véritable Babel artistique où chacun créa son propre vocabulaire, il demande à ce que l’on n’y perde pas son latin.
Caduque la mythologie de la tabula rasa ou de l’ex nihilo : l’histoire du fauvisme est suffisamment complexe pour nécessiter le conditionnel. De toute façon, la légende génésiaque nous y intime puisque, devant une sculpture classique perdue au milieu des toiles de Matisse et les siens au Salon d’automne de 1905, le critique Louis Vauxcelles se serait écrié : « Donatello parmi les Fauves. »
Si le fauvisme doit son nom à une étiquette improvisée, la collection fauve de l’institution bordelaise ne doit rien au hasard. Fruit d’achats et de donations, elle fut constituée à l’initiative de Gilberte Martin-Méry, conservatrice sagace récemment disparue.
 Aussi, si l’exposition donne à voir l’invention des protagonistes du mouvement, elle permet également de saisir la pertinence d’un regard. À côté de pièces majeures et incontournables, tel le fameux Portrait de Bevilacqua par Matisse, figurent des œuvres moins plébiscitées d’Albert Marquet et Louis Valtat qui régénérèrent la peinture avec pour seule arme la couleur, fauve et rugissante.
Le fauvisme est une vraie palette de couleurs et d’artistes. Et pénétrer l’essence de ses plus belles pages nécessite que nous lisions sa préface, son épilogue et ses addenda. L’exposition est à cet égard remarquable, réhabilitant avec science de prétendus seconds couteaux.
À la violence chromatique de Matisse, Marquet oppose dès ses débuts une délicatesse lumineuse, presque luminescente. Quand Rouault cerne ses figures d’un trait digne du vitrail, Valtat fait de la mer une étendue miroitante de couleurs pastellisées. Avec un arbre d’André Lhote ou une marine de Marquet, une église de Kokoschka ou un nu de Dufy, la couleur devient une grammaire magnétique. Nuancée, scintillante, nacrée, saturée, la couleur « fauve » se passe de mots puisqu’elle les épuise tous. Avoir l’œil, cela est déjà beaucoup…

« Un regard fauve », musée des Beaux-Arts, place du Colonel-Raynal, Bordeaux (33), tél. 05 56 96 57 60, jusqu’au 20 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Les fauves

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