Mercredi 21 février 2018

Les écrans de l’imaginaire

L'ŒIL

Le 29 octobre 2007

Alors que le film (vidéo ou 35 mm) projeté sous forme d’installation est devenu dans les années 1990
le nouveau standard de production de la création internationale, « Dream Extensions » présentée actuellement au Smak (musée municipal d’Art contemporain) de Gand développe une de ses thématiques de prédilection. Sont en effet regroupées neuf œuvres emblématiques d’une époque où l’image déréalise bien plus souvent les événements qu’elle ne les montre (le catalogue de l’exposition revient d’ailleurs sur le 11 septembre 2001 quant à la perception visuelle de la réalité). Belshazzar’s Feast de Susan Hiller, œuvre pionnière dans le genre (1983-1984), associe des images brouillées diffusées par un téléviseur disposé dans une salle de séjour à des signaux émis par des extra-terrestres. Mariko Mori, star japonaise désormais new-yorkaise d’adoption, se met en scène dans plusieurs grandes métropoles mondiales. Les images de ses performances où elle apparaît allongée dans un caisson transparent sont retransmises dans une structure circulaire par laquelle le spectateur se retrouve lui-même comme enfermé dans une bulle : un dispositif propice à solliciter son imaginaire. Paradoxalement les expériences de rêve (et de cauchemar) les plus intenses et les plus significatives sont celles qui font appel aux dispositifs les plus simples. Eija-Liisa Ahtila, artiste finlandaise largement consacrée ces dernières années, montre sur trois écrans synchronisés les affres d’une jeune femme dont la perception commence à s’éloigner du sens commun. Plus ludique est Top Sun d’Olaf Breuning qui reprend ce système de projection multiple pour opposer les fictions héroïques que fantasme un jeune homme – lequel s’imagine chef de gang torturant un jeune amish, cow-boy, puis mafieux ravissant une bande de jeunes filles – au grotesque de ce personnage filmé chez lui. Une fable aux apparences insensées qui pose pourtant bien la question de la confusion du réel et du virtuel dans les sociétés où règne la production d’images spectaculaires.

« Dream Extensions », GAND (Belgique), Smak, musée municipal d’Art contemporain, Citadelpark, tél. 32 (0)9 221 17 03, 17 janvier-21 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°556 du 1 mars 2004, avec le titre suivant : Les écrans de l’imaginaire

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