Les deuils de Fazal Sheikh

L'ŒIL

Le 1 octobre 1999

Des avenues bordées de ruines évoquent les images de Berlin ou d’Hiroshima en 1945. Des enfants jouent sur des chars incendiés. La tristesse, l’ennui total de la guerre... Qui mieux qu’un Afghan pouvait ainsi photographier le drame vécu depuis plus de deux décennies par son pays ? Rien de spectaculaire pourtant dans le travail de Fazal Sheikh : les documents les plus forts sont encore les portraits les plus simples, d’hommes estropiés, abîmés comme leur paysage, géographies de corps déchirés par les mines antipersonnel. Ou ces photos d’identité prises avant la blessure ou la mort, restes d’une histoire qui n’en finit pas de refuser de disparaître dans les conflits religieux, politiques, ethniques et tout ce qui sert de prétexte à faire la guerre, à faire métier de la guerre – faute d’un autre projet, d’une autre idée de la vie. Le témoignage de Fazal Sheikh est d’autant plus troublant qu’il mêle ainsi les souvenirs d’un temps où l’on croyait gagner – avec Dieu à ses côtés – et le résultat absurde, sinistre de toute cette folie, rappelant incidemment qu’au terme de toutes les batailles seule la guerre triomphe.
Les hommes, eux, sont toujours les grands perdants. « Inutile de demander à un orphelin comment porter le deuil », trouve-t-on parmi les textes du très beau livre paru aux éditions Scalo qui accompagne cette exposition.

WINTERTHUR, Photomuseum, jusqu’au 7 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°510 du 1 octobre 1999, avec le titre suivant : Les deuils de Fazal Sheikh

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