Les coups de gueule de Barbara Kruger

L'ŒIL

Le 8 août 2008

L’Américaine Barbara Kruger n’avait plus réalisé d’exposition en France depuis 1992, époque où elle était célébrée pour son travail sur les images destinées aux médias. En prélevant des photographies déjà réalisées, les détournant et les agrémentant de slogans virulents, elle déconstruisait les aphorismes de notre culture. Les stéréotypes de notre idéologie, les lieux communs des médias et de la publicité étaient remaniés et présentés sous forme de grands tableaux-photographiques. L’impressionnante installation du Magasin à Grenoble avait été d’ailleurs fort remarquée. Ces dernières années, sa relative absence de la scène internationale répondait à une nouvelle nécessité dont nous comprenons aujourd’hui seulement les raisons. Les tableaux photographiques pouvaient conduire à une impasse : celle d’une esthétisation de ce qui était dénoncé. Il lui fallait donc élargir son propos et produire des pièces à la fois plus monumentales et plus en adéquation avec les techniques de communication contemporaine. Dès 1990, date de sa première installation, elle propose des environnements complexes où textes et images contaminent totalement l’espace d’exposition. Aujourd’hui, l’œuvre qu’elle présente surprend par son intensité. Dès l’entrée, le spectateur contemple sur le mur opposé, trois films tournés en 8 mm durant l’été 1997 et projetés simultanément. Des visages en gros plan y récitent des dialogues qui s’enchevêtrent dans l’espace de la galerie formant un brouhaha. Devant, trois murs en épis sont disposés afin que chacun puisse se rapprocher de l’une des projections, sans que l’autre image ne vienne interférer dans la vision. Le spectateur reste frappé par l’extraordinaire violence des monologues de ces êtres qui vitupèrent et éructent. Ces insultes – fort justement doublées en français – sortent de bouches grimaçantes. Les pièces anciennes démontraient que dans une culture modelée par l’information et par des images qui tiennent lieu de réalité, l’homme n’est capable que d’expérience de seconde main. Ici, Barbara Kruger prouve que dans une société donnée, l’imaginaire n’est pas une totalité cohérente. Il englobe une galaxie de figures hétérogènes qui, toutes, déjouent les modèles de communication prônés par les médias. La vie de tout homme n’est effectivement pas réductible à une série de stéréotypes.

Galerie Yvon Lambert, jusqu’au 4 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°503 du 1 février 1999, avec le titre suivant : Les coups de gueule de Barbara Kruger

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