Samedi 7 décembre 2019

Paris 16e - Musée Marmottan Monet

Les coups de Cross

Jusqu’au 19 février 2012

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 20 décembre 2011 - 425 mots

Peintre méconnu du grand public, Henri Edmond Cross prit pourtant part de façon déterminante à l’aventure de l’art moderne.

L’exposition du Musée Marmottan apporte un éclairage nouveau sur son œuvre. Dans les années 1870, les impressionnistes font de la couleur le sujet essentiel de leur peinture et débordent l’académisme ambiant. Dans le groupe, Signac et Seurat utilisent la couleur pure à la manière des impressionnistes les plus « francs ». Lorsqu’elle apparaît en mai 1886 lors de la dernière exposition impressionniste, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, l’immense peinture de Seurat, connaît un succès immédiat. Ce défilé de figures statiques et sa touche pointillée sont aussitôt considérés comme un défi à l’impressionnisme, et c’est du reste au grand dam de Manet et de Renoir que Pissarro a imposé Seurat et Signac à la manifestation, autour de Cross, Dubois-Pillet et Luce. La Grande Jatte devient le manifeste fondateur du divisionnisme.

À cette occasion, le critique Félix Fénéon, ardent défenseur de ladite technique, les baptisera : « néo-impressionnistes ». Ils forment le noyau du premier néo-impressionnisme. En 1891, année de la mort de Seurat, Cross s’installe au Lavandou, suivi l’année suivante par Signac qui débarque à Saint-Tropez.  Ils cherchent à « peindre la lumière ». Pour échapper au « présupposé représentatif du petit point », ils remplacent la touche ronde et régulière par une touche élargie jouant sur le contraste des couleurs pour porter l’intensité lumineuse à son paroxysme. C’est le point de départ d’un second néo-impressionnisme libéré, différent de celui de Seurat, plus rationnel. 

À ce stade Cross livre, avec Mer clapotante, le sommet de son art. Matisse sert de lien entre les générations. En 1904, il rassemble à Saint-Tropez la jeune garde du troisième néo-impressionnisme,  Manguin, Camoin, Valtat, les futurs fauves. Ils se réunissent chez Cross ou chez Signac. Matisse retrouve auprès de Cross l’exaltation de la couleur qu’il mettra en application l’été suivant à Collioure au voisinage de Derain. Durant deux mois, les deux hommes  traduiront la lumière méditerranéenne  par la saturation des couleurs, la touche divisée mais allongée, et les aplats. Cross continue de peindre avec les « futurs » fauves, Manguin surtout avec lequel il partage les mêmes sources d’inspiration, la même palette et cette touche fluide qui suggère la forme. Il exploite le thème du nu féminin dans une nature paradisiaque où la touche divisée a disparu. Ses toiles de 1909 sont de véritables hymnes à la couleur.

Voir « Henri Edmond Cross et le néo-impressionnisme. De Seurat à Matisse »

Musée Marmottan Monet, 2, rue Louis-Boilly, Paris-16e, www.marmottan.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°642 du 1 janvier 2012, avec le titre suivant : Les coups de Cross

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