Dimanche 25 février 2018

Chantilly

Les belles endormies du domaine de Chantilly

L'album du duc d'Aumale

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 18 novembre 2009

Si elle apparaît sur les inventaires du château, la collection de photos du duc n’est jamais mentionnée par son propriétaire. Pourtant, elle représente l’une des plus belles constituées au XIXe siècle.

Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité, avec […] ses édifices et ce qu’ils contiennent, trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art […], j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre qui m’a fait l’honneur de m’appeler dans ses rangs. » En 1884, Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe, lègue son château et ses biens à l’Institut de France. Il n’a plus d’héritiers, Louis et François étant décédés en 1866 et 1869. Ni d’épouse, morte de chagrin. Par son testament, le duc lègue donc à la postérité son grand œuvre : le château de Chantilly détruit après la Révolution et qu’il a fait reconstruire à partir de 1872, avec ses riches collections de peintures, de manuscrits et les archives de sa royale famille. Sans doute cherche-t-il aussi à préserver ses biens de la mainmise de la IIIe République qui, deux ans plus tard, en 1886, votera la loi du 26 juin et le contraindra à l’exil. Le duc garde en mémoire son expatriation en Angleterre, de 1848 à 1871. Cette fois, il n’est pas certain de revenir en France. Alors, dès l’adoption de la loi d’exil, il transforme son testament en donation sur-le-champs à l’Institut, sous réserve d’usufruit, et protège de la sorte l’intégrité de ses biens.
   
    À la mort du duc en 1897, les collections de Chantilly, futur musée de Condé, appartiennent donc à l’Institut. Leur inventaire recense plus de huit cents peintures d’Ingres, de Van Dyck, Champaigne, Poussin, Van Ruisdael, etc., plus de cinq mille œuvres sur papier, deux mille manuscrits, dont Les Très Riches Heures du duc de Berry, plus de dix mille imprimés – le duc se disait « bibliomane » –… et mille quatre cents photographies sur papier salé.
   
    Mais de cette dernière collection, Henri d’Orléans n’a jamais rien dit. Pourquoi ? Rangeait-il la photographie parmi les « archives » ? C’est en creux ce que suggère l’exposition du musée Condé qui classe les tirages par intérêts du duc : portraits de famille, reproductions d’œuvres d’art, vues du château, guerres… « On ne sait pas pourquoi il a acheté de la photo. Mais on peut essayer de le comprendre en étudiant sa vie », confie Nicole Garnier-Pelle qui, en 1992, a sorti de leur profond sommeil ces images – oubliées depuis 1897 ! Mais cette approche n’explique pas tout : comme la présence dans ce fonds des plus grandes signatures de l’époque : les Baldus, Bisson, Le Gray, Fenton, Braun… ou, en revanche, l’absence de daguerréotypes, en plein XIXe siècle ! 

Autour de l’exposition
Informations pratiques. « La photographie au xixe siècle dans les collections du musée Condé », jusqu’au 4 janvier 2010. Musée Condé, château de Chantilly. Tous les jours sauf le mardi, de 10 h 30 à 17 h. Tarifs château parc : 11 et 9 €. www.chateaudechantilly.com
Photographies en ligne. La quasi-totalité du fonds photographique du musée Condé, soit 1 323 tirages, est consultable sur la base JOCONDE, catalogue des musées de France en ligne sur Internet. Cette base constitue le seul autre « lieu » de présentation possible des collections en dehors du musée puisque, par décision testamentaire, elles ne peuvent quitter le château de Chantilly. Les photos numérisées sont accessibles à la rubrique « recherche avancée », en tapant « photographie » en « domaine » et « Chantilly » en « lieu de conservation » (www.culture.gouv.fr).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°619 du 1 décembre 2009, avec le titre suivant : Les belles endormies du domaine de Chantilly

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