Dimanche 20 septembre 2020

Art non occidental

ARTS PREMIERS

Les arts d’Océanie accostent au musée du quai branly

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 27 mars 2019 - 537 mots

PARIS

Après la Royal Academy of Arts, le Quai Branly présente 200 pièces d’art océanien ancien et contemporain témoignant des liens entre ces peuples insulaires et le vivant.

Paris.« Parlez-leur de l’eau. Comme nous l’avons vu monter, jaillir au-dessus des digues et s’écraser sur nos maisons. Dites leur ce que cela fait de voir l’océan entier au niveau de la terre. Dites leur que nous avons peur. Mais dites leur surtout que nous ne voulons pas partir. » Ces phrases, prononcées par la poétesse Kathy Jetnil-Kijiner, originaire des îles Marshall, extraites de son poème Tell them diffusé sur un écran vidéo, ouvraient l’exposition « Oceania », à l’automne dernier, à la Royal Academy of Arts à Londres [lire JdA no 509]. Elles clôturent l’exposition « Océanie », à l’affiche au Quai Branly, intelligemment réaménagée par Stéphanie Leclerc-Caffarel, la responsable des collections Océanie du musée.

On retrouve, dans la première salle de l’exposition, la même vague bleue de onze mètres de long, vue à Londres, conçue par Mata Aho, un collectif de quatre femmes maories. Mais, la mise en scène d’une déferlante menaçante, permise sur Picadilly, par la grande hauteur sous plafond de la Burlington House, se transforme sur les quais de Seine – du fait des dimensions peu élevées du musée – en une paisible chute d’eau, affaiblissant le propos sur la menace du changement climatique. En revanche, le caractère modulable et épuré de la galerie jardin du quai Branly se prête mieux à la présentation de pirogues sculptées, poteaux cérémoniels et autres « surréalistes » statues malangan de Nouvelle Irlande, que les ors des salons de l’hôtel particulier londonien.

Le passé comme repère

Le Musée du quai Branly a repris l’articulation en quatre parties (le voyage, l’ancrage, la rencontre et la mémoire) conçue, pour l’exposition de la Royal Academy of Arts, par les commissaires Nicholas Thomas, directeur du musée d’archéologie et d’anthropologie de l’Université de Cambridge, et Peter Brunt, maître de conférences à l’université Victoria de Wellington. À la Royal Academy of Arts comme au Musée du quai Branly, les traditionnels agencements en divisions régionales (Mélanésie, Polynésie, Micronésie) ont été écartés pour mieux se concentrer sur ce qui relie culturellement ces 25 000 îles, éparpillées de la Nouvelle-Guinée à l’île de Pâques et d’Hawaï à la Nouvelle-Zélande. On retrouve, d’un bout à l’autre de l’Océanie, le même respect absolu pour la mer, les cours d’eau et la Terre Mère considérés comme des espaces sacrés, peuplés de créatures divines comme ces figures de dieux et d’ancêtres, dont le célèbre dieu A’a des îles australes, célébrant l’association des hommes avec les éléments. La même conviction que l’homme appartient à la nature, à la trame de la vie et que « tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même », pour reprendre les mots du chef amérindien Seattle. La même règle d’or de réciprocité, de dons et de contre-dons, chers au sociologue Marcel Mauss et illustrés par ces patchworks colorés de l’île de Cook, qui servaient d’objets d’échange lors des mariages, naissances ou funérailles. La même conviction qu’on ne peut pas faire table rase du passé. Que « le passé est le point de repère et que c’est grâce à lui que l’on peut progresser vers un futur dont on ne sait rien », souligne Stéphanie Leclerc-Caffarel.

 

Océanie,
jusqu’au 7 juillet, Musée du quai Branly, galerie jardin, 37, quai Branly, 75007 Paris, www.quaibranly.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°520 du 29 mars 2019, avec le titre suivant : Les arts d’Océanie accostent au musée du quai branly

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