Dimanche 18 novembre 2018

L’envol de l’imagination

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 janvier 2003 - 368 mots

Prendre l’avion, admirer des vues aériennes, rien de plus banal aujourd’hui. On a même oublié combien, au début du siècle, prendre la voie des airs faisait figure d’événement, d’exploit. Le ciel demeurait, avec le cosmos, l’un des derniers espaces à conquérir et excitait toutes les convoitises. Déjà vaincu par les vols en ballons et dirigeables, l’air est devenu la cible des artistes passionnés par le progrès et la technique, portés par l’utopie de la lévitation. L’exposition de Toulouse présente ceux que cette conquête de l’air a inspirés, que le mythe d’Icare a fascinés. Ensemble historique rassemblant majoritairement des pièces de la première moitié du XXe siècle, la mise en espace se veut simple, lisible et, bien sûr, aérienne. On n’échappe pas aux indispensables machines volantes du Belge Panamarenko et du constructiviste russe Tatline.
La nef centrale des Abattoirs permet le vol suspendu de ces drôles d’oiseaux, fantasmes de liberté et vaisseaux du futur, mais sans adopter le parti pris d’un hall d’exposition digne du salon de l’aéronautique. On se sent davantage dans l’antre de Léonard de Vinci. L’accrochage brillant donne une aspiration épatante aux alcôves latérales dédiées davantage à la peinture, au dessin et à la photographie. Si les noms des artistes sélectionnés sont sans surprise – de Matisse à Yves Klein, sans oublier Picasso, Delaunay, Picabia ou Léger –, ils sont parfaitement dans la logique du thème abordé et les prêts obtenus sont de grande qualité. Entre les pages du cahier suprématiste de Malevitch, les colonies de l’espace dessinées par Wenzel Hablik, une tour eiffel lestée de deux Titanic en rotation signée Chris Burden ou l’installation rare de Nam June Paik, Moon in the oldest TV, « La conquête de l’air » réunit des œuvres moins attendues. La part belle est offerte avec justesse aux futuristes italiens de la seconde génération (considérée par les spécialistes moins digne d’intérêt que la première, on lui offre ici une belle revanche) ainsi qu’aux utopies soviétiques et leurs constructions spatiales. En misant sur l’aérien, le musée toulousain offre une démonstration pédagogique enthousiaste, laissant l’espace nécessaire à l’envol de l’imagination.

TOULOUSE, Les Abattoirs, Musée d’Art moderne et contemporain, 76, allée Charles de Fitte, tél. 05 62 48 58 00, jusqu’au 2 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°543 du 1 janvier 2003, avec le titre suivant : L’envol de l’imagination

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