Samedi 24 février 2018

Musée Guimet, Paris Jusqu’au 16 août 2010

L’énigme gandharienne

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 26 avril 2010

« Gandhara »… Son nom résonne comme celui d’une contrée merveilleuse échappée de quelque album de voyage du début du siècle dernier aux doux clichés sépia.

Et pourtant, cette région recouvrant le Pakistan actuel et la région de Peshawar vit s’épanouir, entre le ier et le vie siècle de notre ère, une civilisation hybride et raffinée hantée par d’étranges figures de bouddhas aux allures apolliniennes. Le long de la voie caravanière qui reliait l’Occident à la Chine et aux plaines de l’Asie centrale, une myriade de peuples, de religions et de cultures s’affrontèrent, se mêlèrent, donnant naissance à l’une de ces parenthèses magiques dont l’histoire de l’art a parfois le secret, soit un maelström fascinant nourri de réminiscences gréco-romaines, sur fond d’emprunts aux nomades des steppes comme au monde iranien.

Mais, loin de succomber au romantisme d’un Alfred Foucher – le savant français forgera, en 1900, le concept d’« art gréco-bouddhique du Gandhara » – ou d’un André Malraux – l’auteur de La Voie royale succombera au charme ambigu de ses plus beaux bouddhas –, l’exposition du musée Guimet entend mettre de l’ordre dans cette « nébuleuse archéologique ». Empruntant aux musées du Pakistan leurs plus beaux fleurons, Pierre Cambon espère ainsi corriger certains clichés apposés à cette civilisation.

Si, dans le sillage d’Alexandre le Grand et de ses troupes, l’art du Gandhara distille un entêtant parfum d’Occident (ici une Athéna potelée semble une lointaine cousine de celle qui a été sculptée par Phidias, là un atlante possède la force virile et musculeuse d’un Héraclès), il n’en demeure pas moins un langage de tradition bouddhique. N’est-ce pas précisément en terre gandharienne que l’on osa pour la première fois représenter le Bienheureux sous une forme anthropomorphe ?

Rompant avec des siècles d’aniconisme, d’anonymes sculpteurs allaient ainsi illustrer avec une rare fraîcheur le moindre épisode de sa vie et de ses « miracles ». Avouons ce seul regret : l’extraordinaire « Bouddha ascète » du musée de Lahore n’a pu faire le voyage. Une icône du renoncement dont l’intensité dramatique fait frémir.

« Pakistan : la fin du monde antique (Ier-VIe siècles), chefs-d’œuvre d’art bouddhique du Gandhara », musée Guimet, 6 place d’Iéna, Paris (16e), tél. 01 56 64 00 33, www.guimet.fr, jusqu’au 16 août 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°624 du 1 mai 2010, avec le titre suivant : L’énigme gandharienne

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