Dimanche 16 décembre 2018

L’émouvant chapitre Lipchitz

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 juin 2005 - 287 mots

Au chapitre xxe siècle des ouvrages d’histoire de l’art, Jacques Lipchitz (1891-1973) est de ceux que l’on cite bien plus que de ceux qu’on analyse. Attelé à l’hypothétique école de Paris et généralement coincé entre deux virgules aux côtés d’Archipenko ou de Duchamp-Villon, le sculpteur d’origine lituanienne s’est pourtant sobrement imposé comme une figure essentielle et discrète de la modernité, maintenue à l’ombre massive de ses illustres compères que furent Brancusi, Modigliani ou Soutine. De ses sculptures, de son vocabulaire plastique et de ses audaces spatiales, l’histoire aura surtout retenu sa contribution à la redéfinition de l’espace sculptural, sa syntaxe cubiste vigoureusement développée en volume et formulée dans les années 1910 alors que le jeune artiste vient de s’installer à Montparnasse. Il fragmente, décompose et ouvre des volumes simples et géométrisés avant de pousser dans leurs retranchements les plus abstraits, formes et espaces dynamisés par les jeux de lumière et par la clarté laiteuse des matériaux avec ses « transparents » dans les années 1920. Mais l’ample rétrospective calaisienne ne s’en tient pas aux œuvres maîtresses, à ses figures démontables (en 1915), à son Homme assis à la guitare (1918), ou au Marin à la guitare montré au cœur du pavillon de l’Esprit nouveau du Corbusier en 1925. Elle sonne encore comme un exercice de rattrapage rééquilibrant et déroulant un cheminement artistique tout examen tendu du sens de la sculpture, en disjonctions, en tâtonnements sensibles et profondément chevillé aux soubresauts de l’histoire. L’exposition laisse apparaître qu’après-guerre, alors que Lipchitz gagne en honneurs et en commandes publiques, ses œuvres prennent une inflexion mélancolique teintée de spiritualité.

« Jacques Lipchitz », CALAIS (62), musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, 25 rue Richelieu, tél. 03 21 46 48 40, jusqu’au 29 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : L’émouvant chapitre Lipchitz

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