Samedi 17 février 2018

Siècle d'or

A l’école de Rembrandt

Le Journal des Arts

Le 6 novembre 2007

Prêtés par le Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, trois chefs-d’œuvre de Rembrandt et trente-cinq tableaux de ses élèves sont présentés au Musée des beaux-arts de Dijon dans des confrontations inédites.

DIJON - Le fonctionnement des ateliers des grands maîtres anciens est décidément à l’honneur. Tandis que celui de Rubens fait l’objet d’une exposition à Londres (1), l’atelier de Rembrandt (1606-1669) est au cœur de la rétrospective proposée par le Musée des beaux-arts de Dijon. « Durant près de deux siècles, les historiens d’art ont eu tendance à rejeter l’idée même d’atelier, dans la mesure où elle semblait s’opposer à l’image du génie incompris […], solitaire et malheureux », explique dans le catalogue Emmanuel Starcky, l’un des commissaires de l’exposition. Façonnée au XIXe siècle, cette image romantique a contribué à occulter jusque dans les années 1970 celle de chef d’atelier réputé. Pour y mettre définitivement un terme, le musée dijonnais offre ses cimaises à l’une des collections les plus riches en œuvres de Rembrandt et de ses élèves : celle de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Constitué par Pierre le Grand et Catherine II, ce fonds compte certains des plus grands chefs-d’œuvre du maître (tels Saskia en Flore, Le Sacrifice d’Abraham et le Portrait de vieille femme, qui ont fait le voyage à Dijon), ainsi que des peintures de ses principaux disciples (Gerrit Dou, Salomon Koninck, Jacob Backer, Govaert Flinck, Ferdinand Bol…), à l’exception notable de Carel Fabritius. De cet épigone de génie, qui devint l’inspirateur de Vermeer, on ne trouvera donc nulle trace dans l’exposition. Mais celle-ci permet des confrontations inédites et des rapprochements éloquents. Ainsi des deux versions du Sacrifice d’Abraham, l’une signée et datée Rembrandt f. 1635 (Ermitage), l’autre considérée comme une copie d’élève (vers 1635-1636, Alte Pinakothek, Munich). La juxtaposition des deux tableaux met en exergue toutes leurs différences : la lumière dorée qui baigne la composition de Rembrandt s’est évaporée dans la réplique, qui n’a ni la chaude tonalité brune ni l’intensité dramatique de l’original. Longtemps donné à Rembrandt, le tableau de Munich a en réalité été retouché par le maître, comme le suggère une inscription sur la toile. Une contribution qui prouve l’existence de liens étroits entre Rembrandt et ses élèves.

« Innombrables élèves »
Dès ses débuts à Leyde, l’artiste s’entoure de jeunes peintres en apprentissage. En 1628, alors qu’il n’a que 22 ans, il prend à ses côtés Gerrit Dou, de sept ans son cadet. Exécuté à cette époque, L’Astronome (1629-1630) illustre l’emprise très forte de Rembrandt sur le jeune peintre, qui pastiche les modèles (figures de vieillards méditant), les compositions et les effets de clair-obscur de son maître. C’est cependant à Amsterdam, où Rembrandt s’installe en 1631, que sa « manière » connaît sa plus large diffusion. Sollicité par des clients toujours plus nombreux, l’artiste s’entoure, selon Sandrart, d’« innombrables élèves ». Parmi les plus talentueux figurent Jacob Adriaensz. Backer – qui fait la synthèse entre schémas iconographiques rembranesques et influence flamande (Vieillard aux vêtements ecclésiastiques, 1633-1635) –, Govaert Flinck, qui excelle dans les portraits, ou encore Ferdinand Bol, dont l’exposition présente une quinzaine de peintures, dessins et gravures. Figurant des têtes d’expression (« tronies ») ou des scènes religieuses, les œuvres de ce dernier possèdent, dans le style comme dans le choix des thèmes (jeune femme accoudée à sa fenêtre, vieille femme lisant, histoire de Bethsabée…), une parenté parfois troublante avec celles du maître. En témoigne en particulier Nathan et Bethsabée (début des années 1650). Idéalisé, le visage de la jeune femme n’a pas l’intériorité de la Bethsabée du Louvre (1654), mais la représentation de ses somptueux atours et l’esprit très rembranesque des couleurs, de la composition et des effets lumineux ont semé le doute dans l’esprit de certains experts. En révélant la signature de Bol, la récente restauration du tableau a mis fin aux querelles d’attribution...
Derniers émules de Rembrandt, Nicolaes Maes (La Dévideuse, vers 1658) et Aert de Gelder (Le Musicien ambulant, vers 1700 ?), tous deux originaires de Dordrecht, perpétuent les leçons du maître dans la seconde moitié du Siècle d’or. Ultime et indéfectible élève du peintre, de Gelder restera fidèle au style rembranesque jusqu’à l’aube du XVIIIe siècle, alors que triomphe dans l’Europe entière une peinture fine et claire !

(1) « Rubens, a touch of brilliance », Somerset House, Londres, jusqu’au 8 février 2004.

À Strasbourg, les eaux-fortes de Rembrandt

Rénovée pour l’occasion, la galerie Heitz du palais Rohan, à Strasbourg, accueille cet hiver une cinquantaine d’eaux-fortes de Rembrandt. Provenant du Musée Geelvinck Hinlopen Huis à Amsterdam, cet ensemble remarquable donne toute la mesure du génie de Rembrandt aquafortiste, de ses premières planches vers 1625-1630 aux compositions de la maturité. L’artiste grave compositions religieuses, paysages et scènes de genre, avec une prédilection pour les figures de gueux, au tracé très libre. À partir des années 1640, ses effets de clair-obscur se font plus complexes, et ses ombres plus veloutées. « Renonçant au rendu méticuleux des textures, Rembrandt préconise le trait rapide et incisif permettant de capter les accents de lumière sur les objets [...]. L’utilisation de la pointe sèche et du burin, intimement liée à l’eau-forte, répond de mieux en mieux aux exigences de l’artiste en matière de richesse tonale », souligne Anny-Claire Haus, commissaire de la rétrospective, dans le Petit Journal de l’exposition. En témoigne La Pièce aux cent florins (1649), chef-d’œuvre de cette décennie. - Palais Rohan, galerie Heitz, 2 place du Château, 67000 Strasbourg, tél. 03 88 52 50 00. Jusqu’au 12 février 2004.

REMBRANDT ET SON ÉCOLE

Jusqu’au 8 mars 2004, Musée des beaux-arts, palais des États de Bourgogne, 21000 Dijon, tél. 03 80 74 52 70/09, tlj sauf mardi 10h-18h, www.ville dijon.fr. Catalogue édité par la RMN, 230 p., 120 ill. couleur, 42 euros. ISBN 2-7118-4581-8.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°183 du 19 décembre 2003, avec le titre suivant : A l’école de Rembrandt

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