Le Vitra Design Museum : un musée bien assis

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996

Un petit bâtiment conçu par Frank O. Gehry abrite depuis 1989 un musée étonnant, dédié au design en général et plus particulièrement à l’histoire de la chaise depuis 1820. Le Vitra Design Museum présente jusqu’au mois d’octobre le design depuis l’après-guerre, tandis que les pièces maîtresses de la collection sont exposées au Designmuseum de Londres.

Un quadrillage noir et blanc sur les murs, les classiques de la chanson d’après-guerre en fond sonore, un moniteur projetant Mon oncle de Jacques Tati plantent le décor de la salle consacrée aux années cinquante de l’exposition "Atmosphère... Design des années 50 aux années 80".

Regroupant tout à la fois des sièges, des lampes, des meubles de grands designers, mais aussi des objets de la vie quotidienne, témoins des goûts de leur époque, l’exposition s’attache avant tout à recréer les ambiances et à évoquer les modes dans le design des quarante dernières années.

La recherche de la nouveauté à tout prix, la liberté totale caractérisent le design des années cinquante, à l’image du canapé Marshmallow (1956) de George Nelson, composé uniquement de coussins en vinyle coloré. On pourra cependant regretter l’absence dans l’exposition de Jean Royère, l’un des actifs partisans à l’époque de "la mode à tout prix", qui influencera plus tard Garouste ou Bonetti.

Le principe d’intégration des années soixante tranche avec l’éclectisme de la décennie précédente. La chauffeuse Djinn d’Olivier Mourgue, un morceau de ruban découpé et ondulant, est symptomatique d’une simplification des formes et d’un abandon de l’anguleux au profit de l’arrondi. À côté, la machine à écrire portable Valentine d’Olivetti, dessinée par Sottsass en 1969, trahit l’influence du Pop Art et marque la volonté de certaines entreprises, dont Braun, de soigner le design de leurs produits.

Dans les années soixante-dix, le groupe italien Superstudio, dans la mouvance de l’Internationale situationniste, conçoit ses créations dans un esprit de véritable remise en cause des valeurs établies de la société de consommation. Le concept d’espace rigoureusement tramé, qu’il suffit simplement de tailler pour obtenir un meuble, donne naissance à la table Quaderna 260 (1971).

Dans les années quatre-vingt, certains designers adhèrent à la théorie de la fin de l’Avant-garde et à l’impossibilité de "faire du nouveau". Mendini s’engage, par exemple, dans des opérations de "re-design", introduisant sur des meubles existants des éléments décoratifs. Ainsi, son fauteuil Poltrona di Proust est constitué d’un fauteuil récupéré, recouvert d’un motif décoratif inspiré de Signac.
À une présentation chronologique a été préférée pour l’exposition londonienne, "100 Masterpieces, Furniture that made the 20th Century", une organisation thématique. Il s’agit ici tout à la fois de montrer certaines constantes dans les recherches des designers et de présenter des pièces fondatrices, tant par leur décor, que par leurs principes de construction ou leur matière. Les cent pièces ont parfois été sélectionnées arbitrairement sous le label "pièce maîtresse" par Rolf Fehlbaum, l’initiateur de la collection, et Alexander von Vegesack, le directeur du Vitra Design Museum. L’exposition propose néanmoins un panorama unique de la création dans le domaine du siège au vingtième siècle, tout en montrant des pièces du dix-neuvième siècle annonciatrices du mouvement moderne, de Karl Schinkel à Ron Arad, de Marcel Breuer à Philippe Starck, ou de Roger Talon à Shiro Kuramata.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Le Vitra Design Museum : un musée bien assis

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