XVIe siècle

Le Tintoret réapparaît

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2007

Attendue depuis 1937, une grande exposition consacrée au peintre fait le point sur son art à Madrid.

MADRID - L’art de Jacopo di Robusti dit « le Tintoret » (1518-1594) est indissociable de sa ville natale de Venise. La Sérénissime conserve en effet quelques-uns des morceaux de bravoure du peintre, comme l’ensemble de la Scuola Grande di San Rocco, sur lequel il travailla pendant près de trente ans. L’artiste bénéficia aussi de commandes importantes pour le palais ducal, où il peignit avec ses collaborateurs de nombreux plafonds. Ces œuvres peuvent difficilement être déplacées, ce qui explique peut-être la rareté des expositions consacrées à celui que Vasari définit comme le « plus terrible cerveau que la peinture ait jamais connu ». La manifestation que propose actuellement le Musée du Prado, à Madrid, est ainsi la première consacrée au Tintoret depuis celle organisée par le Palazzo Ca’Pesaro à Venise, en 1937 ! Le commissaire, Miguel Falomir, a dû composer avec un œuvre inégal. Il est en effet parfois difficile de déterminer la main du peintre sur les toiles de l’atelier, d’autant que ce dernier a atteint un certain degré d’excellence. L’exposition est, du coup, très sélective, puisque même certaines pièces des collections du musée madrilène n’ont pas été retenues, leur qualité n’ayant pas été jugée suffisamment convaincante. L’amateur pourra s’en persuader lui-même en allant visiter en complément les salles des peintures italiennes.
Déployée dans la grande galerie du Prado, dont les cimaises ont été pour l’occasion habillées d’un bleu intense, la manifestation comprend quarante-neuf peintures, trois sculptures et treize dessins, ces derniers étant présentés dans une petite salle annexe accompagnées d’analyses à infrarouge qui dissèquent la manière du peintre. L’accrochage, chronologique, est enrichi de cartels développés permettant de suivre au mieux le propos.
L’exposition débute par les œuvres de jeunesse, jusqu’en 1546, où un puissant style personnel s’affirme déjà, même si sont manifestes les références à Raphaël ou à Michel-Ange (pour la Sainte famille avec des saints, 1540). Certaines compositions font apparaître une touche très nerveuse, rapide, à tel point que ses contemporains lui reprocheront parfois de travailler trop vite ! Le clou de l’exposition est sûrement la présentation conjointe, pour la première fois depuis quatre cents ans, de la Dernière cène (1547) et du Lavement des pieds (1548-49), deux toiles monumentales commandées pour l’église San Marcuola à Venise.
À la mort de Titien en 1576, le Tintoret devient le principal peintre de Venise. La fin de sa carrière coïncide alors avec une intense reconnaissance officielle. Il travaille pour la cour des Gonzague à Mantoue ou celle des Habsbourg à Madrid et Vienne. L’exposition s’achève sur une Mise au tombeau du Christ (1594), œuvre qui, si elle est le fruit d’une collaboration avec l’atelier, n’en est pas moins une réflexion sur la mort, l’année même de la disparition du peintre.

LE TINTORET

Jusqu’au 13 mai, Musée du Prado, Paseo del Prado s/n., Madrid, tél. 34 91 330 28 00, www.museoprado.es, tlj sauf lundi 9h-20h. Catalogue, 472 p., 35 euros.

LE TINTORET

- Commissaire : Miguel Falomir, conservateur en chef des peintures italiennes et françaises (jusqu’à 1700) au Prado - Nombre d’œuvres : 64

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°255 du 16 mars 2007, avec le titre suivant : Le Tintoret réapparaît

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