Mercredi 19 janvier 2022

Prix

ART CONTEMPORAIN

Le Prix Ricard ose la sensation

Par Magali Lesauvage · Le Journal des Arts

Le 5 octobre 2017 - 498 mots

PARIS

La 19e édition du prix Fondation d’entreprise Ricard offre un regard sur une création contemporaine tournée vers le collectif et la célébration.

Paris. L’exercice de commissariat d’exposition peut parfois être ingrat pour les artistes, lorsqu’un thème leur est imposé et qu’un commissariat tord le sens des œuvres pour leur faire épouser le sens de sa démonstration. Dans la proposition d’Anne-Claire Schmitz pour le 19e prix Fondation d’entreprise Ricard, il n’en est rien. La jeune commissaire belge, fondatrice à Bruxelles de la Loge – espace d’exposition autant que de réflexion – a réuni les six artistes (en réalité sept, puisqu’il y a un duo) nommés au prix qui sera attribué fin octobre, pendant la Fiac, selon une logique simple : l’intuition, l’affinité, la cohérence avec sa propre vision de l’art. Soit, selon ses propres termes, « un certain état d’engagement dans le présent dénué de cynisme et osant la célébration », qu’Anne-Claire Schmitz réunit sous un titre, « Les Bons Sentiments », à envisager sans second degré.

De fait, la quinzaine d’œuvres réunies là partage une générosité tapageuse et collective, faisant résolument appel à la sensation. Accueillant le visiteur avec les « neo-lads » (les nouveaux garçons) de Thomas Jeppe, bande de joyeux drilles flashés en selfies nocturnes, l’exposition ose une expressivité réjouissante – au milieu de laquelle tombe malheureusement un peu à plat l’installation de Deborah Bowmann, duo (masculin) d’artistes et galeristes bruxellois, un présentoir à foulards au design moderniste semé de feuilles de cuivre. Dans cette bacchanale contemporaine, la proposition d’Anne-Claire Schmitz fait la part belle au paysage. Celui, d’abord, du Canadien Zin Taylor qui déploie en une vaste fresque noir et blanc un épisode drolatique de son « Histoire de bandes et de points », sorte de décor de western aux figures fondues, en quête de forme. Ceux, ensuite, monumentaux et terriblement romantiques, sur lesquels Lola Gonzàlez fait glisser les protagonistes des trois films qu’elle présente ici. Dans un univers de science-fiction réaliste, la jeune artiste poursuit sa réflexion sur le rapport de l’individu au collectif et à l’environnement. Notamment avec Les Anges (2017), une toute récente vidéo tournée dans les alentours incendiés de Los Angeles, où avancent à tâtons trois personnages comme sidérés par cette nature déréglée.

On retrouve le thème de la communauté dans le film Explosion Ma Baby de Pauline Curnier Jardin, orgie baroque de couleurs et de sons. Celui-ci sert de toile de fond, dans une dernière salle apothéotique, aux motos sculptées dans des feuilles d’acier de Caroline Mesquita, élucubrations métalliques qui semblent tout droit sorties d’un Mad Max tourné chez les cubistes. Sur celles-ci pleut le torrent sonore du film de Pauline Curnier Jardin : on y découvre, tourné dans un village du sud de l’Europe, dont on ne nous dévoilera pas le lieu exact, une cérémonie collective de culte de la fertilité virant à la folie extatique. Filmées en Super 8 à gros-grain, à la manière d’un document d’archives, les images surexposées de cette performance réelle semblent brûler la pellicule, vouant l’œuvre à une autodestruction joyeuse et cathartique.

 

Les Bons Sentiments, 19e prix Fondation d’entreprise Ricard,
jusqu’au 28 octobre, Fondation d’entreprise Ricard, 12, rue Boissy d’Anglas, 75008 Paris. www.fondation-entreprise-ricard.com

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°486 du 6 octobre 2017, avec le titre suivant : Le Prix Ricard ose la sensation

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