Dimanche 25 février 2018

Le Poitou rénove sa Sixtine

L'ŒIL

Le 4 juillet 2008

Depuis trois mois, le réfectoire de l’abbaye de Saint-Savin accueille de bien curieux convives. Sous les yeux attentifs du public, une équipe de quatre restaurateurs y est attablée autour de ce qui fut pendant sept siècles la nourriture spirituelle des moines mauristes : Le Combat des rois.

Constitué de deux scènes tirées de la Genèse – Abraham délivrant Lot et La Fuite des rois de Canaan – cet ensemble, rarement représenté dans l’iconographie médiévale, fait partie du vaste cycle de fresques qui fondèrent la réputation de Saint-Savin, inscrit depuis 1984 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Originellement situé sur la voûte de la nef de l’église abbatiale, Le Combat des rois avait été déposé en 1969 : de larges fissures étaient apparues le long de la deuxième travée, tandis que les claveaux des arcs doubleaux, également peints, menaçaient de s’écrouler. Des réparations de maçonnerie s’imposaient, nécessitant la découpe et la dépose préalable de 50 m2 de fresques, emportant à jamais des voûtes ecclesiales les épisodes tourmentés de la vie du Patriarche biblique. Le Combat des rois a connu dès lors bien des vicissitudes : conservé successivement au Laboratoire de recherche des Monuments historiques à Champs-sur-Marne, puis dans les cellules monastiques de l’abbaye, il semblait avoir définitivement élu demeure dans les réserves du Musée Sainte-Croix de Poitiers, enroulé sur des étagères et inaccessible à tous. « Invisibles depuis des années, ces peintures étaient devenues quasi mythiques, la question de leur retour devenant le serpent de mer de la presse locale depuis 30 ans » déclare Sandrine Billaud du Centre international d’Art mural. Il aura fallu attendre 1999, pour que ces peintures orphelines rejoignent enfin leur maison mère. Leur réinsertion sur la voûte de la nef, n’est toutefois pas envisageable, la matière dont est constitué leur nouveau support de consolidation risquant de réagir avec les fresques avoisinantes en causant des moisissures. Les restaurateurs s’affairent pour le moment à recomposer ce vaste puzzle, supprimer les repeints et les colmatages inadéquats du siècle dernier, harmoniser les tons des différentes lacunes... Le tout dans le respect de la déontologie en vigueur dans le domaine de la conservation-restauration : lisibilité, réversibilité, stabilité. Cette intervention constitue l’événement emblématique d’un programme plus global de restauration de l’abbaye – réhabilitation des jardins, réfection des cellules monastiques, réouverture de l’escalier monumental des bâtiments conventuels... De quoi redonner son lustre d’antan à cette « chapelle Sixtine de l’art roman » comme la qualifiait André Malraux.

SAINT-SAVIN SUR GARTEMPE, Abbaye, jusqu’à fin novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°508 du 1 juillet 1999, avec le titre suivant : Le Poitou rénove sa Sixtine

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