Mardi 10 décembre 2019

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Le paysage, regards croisés

L'ŒIL

Le 1 avril 2002 - 407 mots

Exploitée par le Land Art à la fin des années 60, la question du paysage revient au centre des préoccupations artistiques contemporaines. De mai 2001 à avril 2002, un projet d’envergure, baptisé « Cosa mentale, Paysage(s) », a proposé une vingtaine d’expositions photographiques sur le thème paysager. Se déroulant en France, mais aussi en Europe, la manifestation s’achève aujourd’hui au domaine de Chamarande avec « Le paysage comme méthode ». Pour les deux concepteurs, Emmanuel Hermange et Christine Ollier, « cet événement a pour but de déployer la diversité des travaux que la nécessité de penser et de figurer l’environnement suscite chez les artistes aujourd’hui, hors de toute révérence à la tradition picturale du paysage ». En effet, selon Gilles Tiberghien, aborder le paysage de nos jours, c’est convoquer les perceptions individuelles et les représentations collectives, c’est parler de nature mais aussi de société, de contemplation esthétique et de psychologie, de territoire et de politique. Dans la série d’expositions ayant eu lieu précédemment, on constatait ainsi que les artistes renvoyaient l’image d’un paysage en mutation. Cette transformation voyait l’apparition du paysage urbain (Gabriele Basilico), industriel (Nicolas Faure) et périphérique (Stalker). L’art servant alors de mesure ou d’état des lieux d’une nature mise à mal par l’excès d’urbanité. On remarquait également que contrairement au Land Art l’approche du paysage s’était politisée avec notamment les travaux de Sophie Ristelhueber ou Paola Salerno. Pour cette dernière étape, 13 artistes sont conviés sur le site de Chamarande ; certains d’entre eux s’appuient d’emblée sur une forme détournée du paysage : cartes postales (Kuppel, Shuster), motifs d’emballages (Pouvreau), stéréotypes récupérés sur des banques d’images (Delphine Coindet) ou comme Martine Aballéa procèdent à une mise en boîte de celui-ci sous forme de boîte de conserve ! D’autres se livrent plutôt à une mise en tension de deux images de factures différentes, l’une dérivant de l’autre (Pouvreau), ou prenant le pas sur l’autre grâce à l’élargissement du champ de vision (Schuster), renouvelé par le mouvement d’une machine (Kuppel). Echeveau de références, notre rapport à la nature est le support de notre imaginaire collectif. Or, aujourd’hui les multiples regards croisés, qu’ils soient utopiques ou ancrés dans la réalité, prouvent que  notre rapport au monde « s’opère moins avec le paysage qu’avec l’idée que l’on s’en fait, avec les représentations que l’on s’en forge », constate Emmanuel Hermange.

- CHAMARANDE, Domaine départemental, 38, rue du Commandant Arnoux, tél. 01 60 82 25 32, 24 mars-12 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°535 du 1 avril 2002, avec le titre suivant : Le paysage, regards croisés

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