Dimanche 16 décembre 2018

Le pari de Thessalonique 1997

Encore six mois pour convaincre

Le Journal des Arts

Le 4 juillet 1997 - 1402 mots

Qui donc, en dehors de la Grèce, sait que Thessalonique est \"capitale culturelle de l’Europe\" en 1997 ? Au-delà des revers de l’organisation, qui a tout de même programmé plus de 1 000 manifestations et engagé près de 300 projets architecturaux, ce constat invite à reconsidérer la pertinence du concept de capitale culturelle. En tout état de cause, l’exceptionnelle exposition des \"Trésors du Mont Athos\" mérite à elle seule le voyage et la seconde ville de Grèce pourra compter à l’avenir sur davantage d’équipements culturels.

Quatre directeurs artistiques et trois directeurs généraux se sont succédé en trois ans à la tête de l’Organisation pour la capitale culturelle de l’Europe 1997. De tristes records pour une manifestation qui, en dépit d’une modeste subvention européenne d’un million d’écus (6,5 millions de francs), aura mobilisé la plus importante somme d’argent jamais consacrée par un gouvernement à une capitale culturelle : environ 100 milliards de drachmes (2 milliards de francs), le triple de Glasgow qui fait figure de référence au hit-parade des réussites en la matière. Tout avait pourtant bien commencé. En mai 1992, la capitale économique et culturelle du nord de la Grèce remportait haut la main la compétition qui l’opposait à Prague, Budapest et Istanbul. Les édiles et le gouvernement souhaitaient privilégier un vaste plan de rénovation du patrimoine monumental de la ville, associé à la construction et à la réhabilitation de très nombreux édifices à vocation culturelle. De fait, entre 62 et 75 milliards de drachmes (1,2 à 1,5 milliard de francs) ont été affectés aux infrastructures par le biais du ministère des Travaux publics, alors que le ministère de la Culture a récemment souhaité ramener la part du budget destiné aux événements culturels à 10 milliards de drachmes (200 millions de francs) – hors l’exposition des "Trésors du Mont Athos" – contre le double initialement prévu. Pourtant, plusieurs manifestations du premier semestre ont connu un certain retentissement. Ce fut notamment le cas de la soirée du Jour de l’An et du Carnaval, comme des expositions consacrées aux gravures de Georg Baselitz au Goethe Institut, aux icônes de la collection Velimezis au Musée byzantin, aux sculptures de Max Ernst au Musée municipal, à Joseph Beuys et à Fluxus au Musée macédonien d’art contemporain, à Jean Arp et Sophie Taueber-Arp dans l’ancien Musée archéologique…

L’organisation affirme aujourd’hui que plus de trois cents projets architecturaux d’importance variable ont été lancés : ainsi, quelques musées ont déjà ouvert (Musée byzantin, Musée de la communauté juive…), mais plusieurs attendent de voir le jour (musées du cinéma, de la photographie, Fondation Tellogleio…) pendant que d’autres sont toujours en rénovation (Musée folklorique…). Constructions et réhabilitations de salles de spectacles se sont également multipliées – théâtres national, royal, Avlaia, Aneton, cinéma Olympion… –, mais, là encore, les retards se sont accumulés, entraînant l’annulation de plus de 200 manifestation sur 1 200. "Paradoxe, le programme de construction est très positif pour la ville, mais très négatif pour la programmation de la capitale culturelle", ironise Rodolphe Maslias, chargé jusqu’à la fin de 1996 des relations internationales de l’organisation.

"La grande exposition Le décoratif dans l’art du XXe siècle, organisée en collaboration avec le Musée de Villeneuve-d’Ascq, est annulée, ainsi que la tournée de la Comédie-française et de l’Orchestre national de France", confirme Jacques Soulillou, directeur de l’Institut français de Thessalonique. À mi-parcours, le sort de plusieurs manifestations à venir était encore en suspens. Seule l’exposition des "Trésors du Mont Athos" semble bénéficier de toutes les attentions. Son incroyable budget de 5 milliards de drachmes (100 millions de francs), qui inclut la rénovation et la construction de nombreuses infrastructures sur le Mont Athos, est à rapprocher des 700 millions de drachmes (14 millions de francs) destinés à l’ensemble des expositions. Désabusée, la responsable du département des Arts plastiques, Thalia Stefanidou, concède qu’elle "se sent aujourd’hui marginalisée" face aux compressions de crédits et au relatif désintérêt des autorités pour son domaine. Outre les "Trésors du Mont Athos", elle se concentre désormais sur les trois temps forts de l’automne : les expositions consacrées à Alexandre le Grand, aux gravures de Goya et aux dessins de Michel-Ange. L’exposition incontournable de Thessalonique 1997 se déploie quant à elle sur 6 000 m2 au sein du nouveau Musée byzantin, jusqu’au 31 décembre. Plus de huit cents icônes, sculptures, miniatures, textiles, manuscrits, céramiques, ivoires, pièces d’orfèvrerie, objets d’art… byzantins et post-byzantins ont été prêtés pour la première fois par les popes de la célèbre presqu’île interdite aux femmes (lire le JdA n° 38, 16 mai 1997). Une visite au Musée archéologique tout proche – dont certaines salles sont encore fermées au public – s’impose également, ne serait-ce que pour admirer l’une des plus importantes découvertes archéologiques de ces vingt dernières années : les extraordinaires objets en or mis au jour à Vergina dans la tombe de Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand.

Pour beaucoup, le manque de délégation et les tensions politiques entre le maire de Thessalonique, Constantinos Kosmopoulos (Nouvelle démocratie, droite), et le ministre de la Culture nommé cet automne, Evangelos Venizelos (Pasok, gauche), n’ont rien fait pour arranger la bonne marche de l’organisation. D’autant que le ministre, promis à un bel avenir politique, est également député de Thessalonique, un poste autrefois occupé par l’actuel maire… La Direction de la communication est également au banc des accusés. Son vaste champ d’activité – recherche de mécénat, relations publiques, relations avec la presse nationale et internationale, tourisme, éditions et matériel imprimé… – l’a manifestement empêchée de mener à bien toute ses missions, pour lesquelles lui ont également manqué des moyens financiers et humains. Au nombre des ratages les plus flagrants, l’annulation in extremis d’une tournée internationale de conférences de presse en Europe et la non participation aux principaux salons de tourisme européens, à l’exception de celui de Madrid. Dissoute à la fin de 1996, comme le département des Relations internationales, elle a vu ses attributions directement prises en charge par l’actuel directeur artistique, l’historien et poète Panos Theodoridis.

Mais en dépit du travail accompli par ce dernier depuis un an, le mal est fait. "L’occasion de démontrer la force économique et le visage européen de Thessalonique au cœur des Balkans est manquée", fustige Yiannis Boutaris, magnat du vin et membre démissionnaire du conseil d’administration.

Contactées trop tardivement, les entreprises mécènes sont quasi absentes des panneaux qui annoncent les manifestations dans les rues de la ville. Avant Stockholm en 1998 et Weimar en 1999, Thessalonique souhaitait relancer le concept de capitale culturelle, qui peine à trouver une identité et n’a jamais atteint la notoriété espérée. Mais, déjà, l’Union européenne a décidé de fractionner l’événement entre neuf villes en l’an 2000, et envisagerait de le partager entre trois villes à partir de 2001.

DU MONT ATHOS À PAVLOS
"Rétrospective Pavlos"
Il s’agit de la première rétrospective en Grèce de Pavlos, qui vit et travaille en France depuis les années soixante. Présentée à Thessalonique jusqu’au 17 août, l’exposition est attendue de la mi-octobre à la fin novembre dans le nouvel espace Ersgostassio de l’École des beaux-arts d’Athènes. Cent trente pièces majeures exécutées par Pavlos à partir d’affiches et de papiers massicotés occupent actuellement les espaces du Musée macédonien d’art contemporain, un musée privé largement subventionné par la famille Boutaris mais dont la nouvelle extension a été financée par l’Organisation de Thessalonique 1997 (275 millions de drachmes, soit 5,5 millions de francs). Les coûts de la rétrospective sont quant à eux pris en charge par la Fondation Costopoulos, principal mécène de "La gloire de Byzance", l’exposition qui vient de triompher au Metropolitan Museum de New York. Le catalogue bilingue est signé Pierre Restany et Katerina Koskina, commissaire de l’exposition.
Et encore… Quantité d’autres événements sont programmés jusqu’à la fin de l’année, dont la projection d’un cycle de films du Britannique Derek Jarman (juillet), deux concerts de l’orchestre de la Scala de Milan sous la direction de Ricardo Muti (12 et 13 sept.), "Alexandre le Grand dans l’art européen" (à partir du 1er oct.), une exposition consacrée à l’architecte Arato Isozaki (31 oct.-21 nov.), "Gravures de Goya de la Fondation Juan March"(5 nov.-7 déc.), la première d’Antigone de Mikis Theodorakis avec l’Opéra de Belgrade (nov.), "Dessins de Michel-Ange" (déc.), le Messie de Haendel sous la direction de Yehudi Menuhin, etc. Dates sous réserve, à vérifier auprès de l’organisation, 105 Vassilis Olgas Ave. Thessalonique 546 43, Grèce, tél. 30 31 867 860, fax 30 31 867 870. Internet : http://www.culture97.gr ; E-mail : thessaloniki@culture97.gr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°41 du 4 juillet 1997, avec le titre suivant : Le pari de Thessalonique 1997

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