Dimanche 20 octobre 2019

Le nouveau musée Georges de La Tour

L'ŒIL

Le 1 septembre 2003 - 817 mots

En juin dernier était inauguré le nouveau musée Georges de La Tour à Vic-sur-Seille (Moselle), ville natale du peintre lorrain.
La commune, où existait depuis 1909 un petit musée conservant les collections historiques municipales, marquait depuis longtemps une volonté de lier son identité à la mémoire du grand maître. Mais un événement inattendu allait infléchir le cours de son destin.
En novembre 1993, un tableau figurant à une vente sans catalogue de l’hôtel Drouot est découvert par Pierre Rosenberg, alors président-directeur du Louvre, qui l’identifie comme étant un La Tour. Le Saint Jean Baptiste dans le désert, jusqu’alors détenu par un particulier, est retiré de la vente, interdit de sortie du territoire et déclaré trésor national. Lorsqu’il est à nouveau mis aux enchères, chez Sotheby’s à Monaco en décembre 1994, l’État le préempte pour le Conseil général de Moselle qui l’acquiert grâce à l’aide du fonds du patrimoine (5,55 MF, environ 850 000 euros, soit la moitié du prix) et de la Région Lorraine (2,5 MF, environ 380 000 euros). En 1996, le Conseil général, en accord avec la ville de Vic-sur-Seille, décide de créer un musée départemental afin d’y présenter le chef-d’œuvre.
Un comité scientifique composé d’éminentes personnalités (Françoise Cachin, Jean-Pierre Cuzin, Pierre Rosenberg, Jacques Thuillier, entre autres) préside à la création du nouveau musée. L’État participe aux travaux d’architecture et de muséographie, contribue à l’enrichissement des collections et à la restauration des œuvres. Car rapidement un fonds s’est constitué : une donation exceptionnelle de quatre-vingt-deux peintures est faite en 1998, les collections municipales sont affectées au futur musée, divers dépôts et de nouvelles acquisitions, enfin, viennent compléter cet ensemble riche désormais de cent deux peintures, françaises pour l’essentiel.
Hormis quelques voyages, à Nancy, Paris, et peut-être l’Italie, Georges de La Tour (1593-1652) a toujours vécu dans sa région natale (Vic, Lunéville), ce qui ne l’empêcha pas de faire une carrière « nationale » : on sait que Louis XIII avait une prédilection pour ses tableaux.
Puis son nom tombe dans l’oubli, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Commence alors une longue reconstruction, qui fait peu à peu apparaître un des plus grands peintres du xviie siècle. Aujourd’hui, seule une quarantaine d’œuvres autographes ont été retrouvées. Le Saint Jean Baptiste dans le désert est probablement l’une des toutes dernières peintures de La Tour, vers 1650-1652, et certains historiens y voient une sorte de tableau-testament. Extrêmement dépouillée, de tonalité monochrome, l’œuvre est saisissante par l’intensité de son « climat » spirituel, et fascine par l’étrangeté d’un jeu formel lié à la pose du personnage tourné simultanément vers des directions divergentes. L’artiste aurait ainsi exprimé la position « charnière » du Prophète, entre l’Ancienne Loi – dans l’ombre – et la nouvelle religion qu’il annonce. L’œuvre s’insère dans un bel ensemble de peintures du XVIIe siècle, avec des chefs-d’œuvre de Jacques Stella, Bertholet Flémal, Jacques Blanchard, Cesare Dandini,
Charles Le Brun, Sebastiano Ricci et Johann-Heinrich Schönfeld. Plus modeste en qualité, le reste des collections de peintures illustre essentiellement le paysage des XVIIIe et XIXe siècles, et la peinture officielle du xixe siècle, souvent à travers d’attachantes esquisses.
Le musée possède également un fonds archéologique et médiéval, où l’on remarque une rarissime « vierge ouvrante » du XIVe siècle.
Il était d’abord prévu d’installer les collections dans l’hôtel de la Monnaie, qui abritait l’ancien musée. Le vieil édifice est superbe mais trop exigu. Il accueillera les bureaux de la conservation, un centre de documentation et de ressources, ainsi qu’un espace pédagogique. Le choix se porte alors sur une ancienne maison située sur la place principale. Confié au cabinet d’architecture Vincent Brossy, le projet architectural conserve la structure extérieure de l’édifice. À l’intérieur, cinq plateaux d’expositions (960 m2), sont desservis par un imposant escalier en enfilade latéral. Les tableaux étant de petits et moyens formats, les architectes ont choisi d’évoquer les espaces intimistes d’un cabinet de collectionneur. Les « salles » sont donc restreintes, mais non fermées : au contraire, le principe d’interpénétration des espaces permet des regards croisés entre les différents plateaux. Un système de puits et de tranchées assure une bonne répartition de la lumière naturelle. Le modernisme un peu froid de l’architecture est en partie  « réchauffé » par l’habillage en bois de certains murs, et la gamme chromatique sobre des cimaises. D’une façon générale, la réussite du projet tient à la justesse des propositions muséales par rapport à la nature des collections. Un « détail » en particulier joue un rôle important : les encadrements, choisis au cas par cas, de la façon la plus judicieuse. Le musée s’est doté d’une petite salle où seront présentées des expositions-dossiers. Gabriel Diss, le conservateur du musée, a en outre imaginé d’emprunter régulièrement une œuvre de La Tour, qui sera confrontée au Saint Jean Baptiste, et fera à chaque fois l’objet d’une publication.

VIC-SUR-SEILLE (57), musée Georges de La Tour, place Jeanne d’Arc, tél. 03 87 05 98 30.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°550 du 1 septembre 2003, avec le titre suivant : Le nouveau musée Georges de La Tour

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