XIXe siècle

Le naturalisme à l’autrichienne

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 17 mars 2009

Le Musée du Louvre présente un avant-goût de la grande rétrospective qui se tiendra cet été à Vienne sur Ferdinand Georg Waldmüller.

PARIS - À l’automne dernier, le Musée du Louvre posait un regard succinct sur les œuvres de Nicolai Abraham Abildgaard (1743-1809) dans le cadre d’une exposition « digest », mise en bouche en
attendant la vaste rétrospective que prépare le Statens Museum for Kunst de Copenhague pour 2010. Prophète en son pays, le maître danois était une découverte pour le public français (lire le JdA no 292, 28 novembre 2008, p. 11). Le musée parisien poursuit son investigation de l’œuvre des maîtres européens méconnus en France avec Ferdinand Georg Waldmüller (1793-1865), auquel le Musée du Belvédère à Vienne, en Autriche, s’apprête à consacrer une importante exposition monographique. Habituellement rangé du côté des « artistes Biedermeier » (un catalogage que les commissaires contestent), le peintre autrichien n’a certes ni la fougue ni la fantaisie d’Abildgaard. Il n’en demeure pas moins un talentueux metteur en scène.

Joues rosies
Aussi nette et précise que le style Waldmüller, la scénographie de la salle de la Chapelle du Louvre passe en revue chacun des domaines de prédilection du peintre : le paysage, le portrait, la scène de genre et la nature morte. Naturaliste jusqu’au bout du pinceau, l’artiste se distinguait de ses pairs par sa préférence pour la peinture de plein air et la lumière naturelle. C’est avec enthousiasme qu’il dépeint chacune des feuilles des Érables près d’Ischl (1831), les reflets satinés de la robe de la comtesse Majlath comme les joues rosies par le froid de ces jeunes cueilleuses de violettes. Tout en jouant à loisir d’une technique irréprochable, l’artiste sait insuffler de la vie et de la poésie dans ses vues paysannes, tantôt idylliques tantôt sombres. L’omniprésence de certaines de ces joyeuses scènes de genre sur les calendriers et autres boîtes de chocolats autrichiens a d’ailleurs fini par éclipser la dimension sociale de nombre de ses œuvres, témoignages de la misère humaine entretenue par le strict retour à l’ordre avec l’ère postrévolutionnaire. La Soupe du couvent (1858), par exemple, relève de la prouesse sur le plan de l’éclairage, du travail des étoffes et surtout de la composition, où s’enchevêtrent gestes et expressions. S’il était également un portraitiste apprécié par une bourgeoisie guindée, Waldmüller sait surprendre grâce à une discrète sensualité. Rare tableau de l’artiste à figurer dans les collections du Petit Palais, à Paris, le portrait de l’épouse de Joseph Bayer allie la grâce et la fraîcheur avec douceur.

WALDMÜLLER 1793-1865, jusqu’au 18 mai, salle de la Chapelle, Musée du Louvre, 34, quai du Louvre, 75001 Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf mardi 9h-18h, 9h-22h le mercredi et vendredi. Catalogue, coéd. Musée du Louvre/Skira, 240 p., 45 euros, ISBN 978-2-0812-2593-0

WALDMÜLLER
Commissaires : Elisabeth Foucart-Walter, conservatrice en chef au département des Peintures au Louvre, et Sabine Grabner, conservatrice des collections du XIXe siècle au Musée du Belvédère, à Vienne
Œuvres : 36 huiles sur toile dont les deux tiers proviennent des collections du Musée du Belvédère. Le Musée du Belvédère, à Vienne, présentera une version longue de cette exposition, avec une centaine de toiles, du 9 juin au 11 octobre 2009.
Mécénat : Compagnie de Saint-Gobain

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°299 du 20 mars 2009, avec le titre suivant : Le naturalisme à l’autrichienne

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