Mercredi 14 novembre 2018

Le monde joyeux de Rougemont

L'ŒIL

Le 1 mai 2003 - 372 mots

La galerie du Passage présente le mobilier et les sculptures de Guy de Rougemont de 1966 à 1975, à l’époque où l’artiste habillait de vinyle vernissé les colonnades du Palais de Tokyo, plantait ses totems ripolinés à Villeurbanne, et recouvrait de bandes colorées les stations de métro aussi bien que les bas-côtés d’autoroutes. Outre les arcs-en-ciel de ses installations qui symbolisent le début des années 1970, Rougemont a conçu des lampes, des tables, des plateaux et a aboli les frontières entre beaux-arts et arts appliqués.
Une cinquantaine des pièces présentées par Guy Passebon nous replonge dans une esthétique utopiste et moderne : table ellipse, cylindres polychromes, luminaires, sièges et tabourets, sculptures et prototypes forment un bel ensemble où s’impose la passion de la couleur. Élève d’un maître du noir, Marcel Gromaire, Rougemont a choisi, lui, un art à l’opposé, fait de tonalités acidulées. Depuis l’exposition « L’Automobile et la Peinture », dans le hall Fiat en 1967, il a inventé une scénographie plastique originale qui englobe et diffuse les rondeurs de la voiture comme de différents objets.
La table basse Nuage, aux formes arrondies et sensuelles en Plexiglas fumé et laiton doré, posée au sol de la galerie, semble en apesanteur et comme tout droit sortie du monde d’Austin Powers. On pense devant ses pièces aux recherches d’art total du futurisme de Giacomo Balla et Fortunato Depero. Rougemont explique qu’à cette époque il est passé de la peinture au volume.
Il voulait vérifier dans l’espace ce qu’il avait essayé de mener à bien sur le seul plan du tableau. Il explique : « La confrontation aux trois dimensions est un moment fort où l’on est devant un objet dont on ne peut pas avoir une vision globale comme on peut l’avoir d’une peinture. C’est une relation complexe, stimulante, après laquelle on revient au tableau comme enrichi. » Il se dégage de cette exposition haute en couleur un sentiment de plénitude souriante qui allie le futurisme et la nostalgie. Comme chez Sonia Delaunay ou Fernand Léger, les tubes, les courbes, les cylindres, les cercles de Rougemont introduisent la couleur dans la ville et dans la vie.

PARIS, galerie du Passage, 20/22 galerie Véro-Dodat, Ier, tél. 01 42 35 01 13, 1er avril-10 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°547 du 1 mai 2003, avec le titre suivant : Le monde joyeux de Rougemont

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