Samedi 15 décembre 2018

Le mois de l’art contemporain

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 mars 2004 - 695 mots

Pour leur 6e édition, les « Mars de l’art contemporain » pourraient bien devenir la manifestation culturelle phare de la capitale auvergnate. Créés en 1999, les « Mars » reposent sur un principe simple : pendant un mois, opérateurs publics et privés se fédèrent pour proposer une cinquantaine de manifestations d’art actuel, à Clermont-Ferrand et dans quelques villes alentour. Toutes les expositions sont au préalable labellisées par un comité de sélection qui leur attribue le fameux logo en forme de papillon noir (car le mars est aussi un papillon). Un pari ambitieux dans une région jugée par d’aucuns frileuse en matière d’art contemporain – le Frac n’a acquis jusqu’à une date récente que de la peinture – et qui ne compte que deux courageux galeristes (Claire Gastaud et Gérard Gubbiotti de la galerie Arkos).
Forte du bilan positif de l’année 2003 – plus de cinq cents visiteurs par lieu d’exposition –, l’association organisatrice vient en effet de décrocher un partenariat de trois années avec la communauté urbaine de Clermont-Ferrand, qui pourrait avoir des retombées financières substantielles. « L’année passée a été un tournant, confirme Nadine Brandely, l’une des coordinatrices de l’événement. Les élus ont pris conscience des enjeux, ont repéré les opérateurs. Ils ont compris que les “Mars” pouvaient apporter une réelle valeur ajoutée à la ville. » Et de pouvoir enfin étoffer la petite équipe organisatrice, composée en grande majorité de bénévoles. « Cette année, nous avons pu engager un régisseur pour optimiser la présentation des expositions, en terme de lumière notamment. Nous augmentons ainsi notre niveau d’exigence. »
Au programme donc, une trentaine d’expositions gratuites – d’artistes reconnus ou de jeunes talents – ainsi que les «  des mars 2004 », débats, rencontres, projections ou conférences, destinés à proposer une véritable médiation envers le public. Parmi les temps forts, on découvrira
la première grande exposition française de Simon Willems, « Bad things even happen to nice people », organisée par le Frac dans les Écuries de Chazerat, avant son déménagement vers l’ancienne école des beaux-arts. L’institution profitera par ailleurs de l’événement pour mettre en mouvement sa collection, avec trois expositions thématiques diffusées dans trois villes de
la région (« Lumière naturelle » à Issoire ; « Les Conquérants, les Exilés » à Montluçon et « Conversations » au Puy-en-Velay). Le centre d’art du Creux de l’Enfer à Thiers, autre locomotive des « Mars », a choisi quant à lui de présenter les travaux de jeunes artistes formés aux Beaux-Arts de Clermont-Ferrand et de Lyon. À voir également les photographies urbaines de Jean-Pierre Attal, l’installation Patatrac de Martin Bourdanove – un jeu de cubes tout droit sorti d’une crèche pour adultes – ou encore la projection du film de Stephan Oriach consacré à Orlan.
Mais le point d’orgue des festivités sera une fois encore le festival et les expositions organisées par Vidéoformes, l’un des initiateurs des « Mars » et probablement son meilleur vecteur de crédibilité. Pour sa 19e édition, cette manifestation dédiée à l’art vidéo et aux nouveaux médias fera, comme à l’accoutumée, une large place aux artistes étrangers.
Outre l’Américain John Sanborn, spécialiste de l’entertainment qui tiendra atelier à l’école des beaux-arts, ce sont cette année les vidéastes polonais, que l’on n’avait pas vus depuis dix ans à Clermont-Ferrand, qui seront à l’honneur avec un choix de travaux provenant du centre d’art contemporain Zamek Ujazdowski de Varsovie, et quelques œuvres originales. Pourtant, malgré le succès des éditions précédentes, Gabriel Soucheyre, le principal animateur de Vidéoformes, ne cache pas son inquiétude. « L’art vidéo reste un domaine atypique. Bon nombre des festivals sont menacés ou ne seront pas reconduits en 2004, comme les “Instants Vidéo” de Manosque. L’État remet en cause beaucoup de ses engagements, ce qui incite les collectivités à en faire autant. Pourtant Vidéoformes est un festival qui jouit d’une réelle reconnaissance internationale, et qui est encore en plein essor… » Un nouveau succès public mettrait sans conteste du poids dans la balance...

CLERMONT-FERRAND (63), les « Mars de l’art contemporain à Clermont-Ferrand », renseignements : www.lesmars.net, 1er-31 mars. « Vidéoformes » : expositions à la galerie l’Art du Temps, 14 rue de l’Oratoire et au musée du Ranquet, 34 rue des Gras, 17 mars-4 avril. Festival, 16-20 mars ; nuit des arts électroniques, 18 mars. Renseignements : tél. 04 73 17 02 17, www.videoformes.com, catalogue 2004 présentant toutes les expositions avec plan d’accès.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°556 du 1 mars 2004, avec le titre suivant : Le mois de l’art contemporain

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