Le maître français du métal laqué

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 juin 1998

Malgré une formation de sculpteur, Jean Dunand (1877-1942) n’était pas parvenu à percer en tant qu’artiste dans sa Suisse natale. C’est à Paris où il arrive en 1896 que le succès l’attendait. Les arts décoratifs sont alors riches de possibilités de travail et sa compétence en métallurgie lui permet des effets inattendus.
D’autre part, sa connaissance des arts traditionnels japonais et chinois lui vaut d’être initié par le maître japonais Seizo Sugawara à l’art du métal laqué. Dunand est alors servi par sa maîtrise de ces deux techniques si différentes que sont la métallurgie et le laque. Il se révèle capable d’utiliser avec talent, en les combinant, les ressources de ces arts millénaires pour donner vie à des formes contemporaines ou à des dessins décoratifs abstraits. Vite devenu célèbre, il se lance dans des expériences visant à incorporer des surfaces laquées à des bijoux et des textiles et réalise même des portraits mondains. Il est porté par le succès du mouvement Art déco qui culmine en 1925, mais c’est dès 1920 que les grands musées, parmi lesquels le Metropolitan Museum of Art, achètent ses œuvres.
Durant cette période, la majorité de ses clients sont français. Toutefois, c’est pour répondre à des commandes de riches Américains qu’il réalise ses visions les plus remarquables. Dans l’appartement du millionnaire Templeton Crocker, il décore trois pièces en 1928-1929.
La chambre à coucher du maître de maison et ses panneaux de laque argent et noir constituent le clou de l’exposition. Parfois aussi, il se borne à réaliser en laque les décors créés par d’autres. Ainsi est née la remarquable paire de paravents dessinée par Séraphin Soudbinine pour la salle de musique de la résidence de Solomon R. Guggenheim à Long Island, en 1925-1926. Dunand apparaît là dans toute sa vérité, comme un artiste amoureux de la matière, des belles surfaces lisses et indestructibles.

New York, The Metropolitan Museum of Art, jusqu’au 25 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°497 du 1 juin 1998, avec le titre suivant : Le maître français du métal laqué

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