Mercredi 14 novembre 2018

Le laiton et l’ivoire, les deux matériaux gardiens de la culture du royaume de Bénin

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 4 décembre 2007 - 451 mots

Du parfait réalisme à une forme d’abstraction, le métal s’est coulé dans les formes les plus variées grâce à l’immense talent des bronziers de l’Oba.

Le portrait, un genre rare en Afrique
Premières œuvres remarquables, d’un réalisme accompli, voici deux Nains datés du tout début du XVe siècle. À la cour ils devaient faire rire, mais aussi informer l’Oba. Il s’agit bien de portraits, un genre extrêmement rare en Afrique. On pense qu’ils sont dus à des artistes différents. Le nain le plus ancien, aveugle, est glabre. Pour l’autre, le rendu de la barbe et des cheveux en petites boules n’est pas conforme aux canons stylistiques du Bénin. Tous deux sont en laiton peu épais, les autres métaux étant encore rares à l’arrivée des Portugais.
De nombreuses têtes commémoratives de rois, coulées en laiton, datées du XVIe au XIXe siècle, étaient destinées à être placées sur les autels royaux, surmontées d’une défense en ivoire. Ces rois portent autour du cou de hauts colliers de corail et une coiffe également en corail. Pour la tête qui pourrait être datée du XVIe siècle, un certain naturalisme est encore sensible. Par la suite, on constate une stylisation de plus en plus marquée des traits du visage.
Pour la tête du xixe siècle, la coiffe est complétée de deux ornements latéraux en forme d’ailes et de cornes en perles de corail. Ce n’est plus un portrait mais une simple évocation. Une Tête de reine mère du XVIIIe-XIXe siècle confirme cette évolution vers une représentation symbolique.

L’histoire des Oba sur les défenses d’éléphants
De nombreuses plaques historiées ont été réalisées en laiton à partir du XVIIe siècle pour couvrir de leur éclat les colonnes du palais. La vision bidimensionnelle des plus anciennes plaques évolue ensuite vers un relief plus accentué, mais on ne constate pas de recherche importante de stylisation.
C’est un admirable Masque-pendentif à tête de léopard du XVIIIe siècle qui marque l’aboutissement de cette recherche d’abstraction. Ici, les lignes courbes s’épousent et se complètent pour produire non pas une image mais une évocation symbolique du léopard, l’animal puissant associé à l’Oba.
De nombreuses défenses en ivoire ont été sculptées au milieu du XVIIIe siècle, l’introduction des armes à feu facilitant alors la chasse à l’éléphant. Placées au-dessus des têtes en bronze sur les autels royaux, elles retracent en images l’histoire de certains Oba. Pour cette chronique, les sculpteurs sur ivoire se sont souvent inspirés des plaques de laiton. Du XVIIIe siècle encore, de somptueux Bracelets en ivoire couverts de figurines étaient destinés à l’Oba ou à de hauts dignitaires. Mais auparavant, dès le XVIe siècle, les princes européens séduits par la finesse des sculptures des ivoires du Bénin avaient importé des Salières et des cuillers.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°597 du 1 décembre 2007, avec le titre suivant : Le laiton et l’ivoire, les deux matériaux gardiens de la culture du royaume de Bénin

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