Vendredi 30 octobre 2020

Le jour où Bonnard a peint Terrasse à Vernonnet

Par Pierre Wat · L'ŒIL

Le 18 février 2015 - 459 mots

4 mars
Par temps beau mais frais, il y a du vermillon dans les ombres orangées, et du violet dans les gris. Beau coloriage conventionnel sur un dessin au trait avec deux couleurs se joignant. Voisinage du blanc rendant lumineuses des taches très colorées.

8 mars
On parle toujours de la soumission devant la nature. Il y a aussi la soumission devant le tableau. La fausseté, c’est de découper un morceau de nature et de le copier. Si c’est harmonieux, ce sera vrai – couleur, perspective, etc. Nous copions les lois de notre vision, non les objets.

9 mars
Réalisme. Montrer qu’on était présent. Le travail d’après nature : qu’on sente que le peintre était là, voyait consciemment les objets dans leur lumière déjà conçue dès le début…

15 mars
Comment on fait la peinture.
L’idée de l’objet œuvre d’art
La belle impression initiale
Le magasin de beauté personnelle
et des maîtres
Les proportions de la matière picturale

18 mars
Avant de mettre une coloration, il faut voir les choses une fois, ou les voir mille. Représenter la nature quand c’est beau. Tout à son moment de beauté. La beauté, c’est la satisfaction de la vision. La vision est satisfaite par la simplicité et l’ordre. La simplicité et l’ordre sont produits par les divisions de surfaces lisibles, les groupements de couleurs sympathiques. Le principal sujet c’est la surface, qui a sa couleur, ses lois, par-dessus les objets. On peut prendre toutes les libertés de ligne, de forme, de proportions, de couleurs, pour que le sentiment soit intelligible et de bonne visibilité. Les intentions sont néant.

19 mars
Dessiner son plaisir – peindre son plaisir – exprimer fortement son plaisir.

23 mars
Il ne s’agit pas de peindre la vie. Il s’agit de rendre vivante la peinture.

24 mars
Celui qui chante n’est pas toujours heureux…

27 mars
Delacroix l’a écrit dans son journal : « On ne peint jamais assez violent. » Dans la lumière du Midi, tout s’éclaire et la peinture est en pleine vibration. Portez votre tableau à Paris : les bleus deviennent gris. Vus de loin, ces bleus, aussi, deviennent gris. Il existe donc en peinture une nécessité : hausser le ton. Les primitifs l’avaient bien compris qui cherchaient les rouges, les azur, les plus ardents dans les coloris précieux : le lapis-lazuli, l’or et la cochenille. La nature nous tend des pièges avec ses thèmes, que l’intelligence, mais surtout le métier, parviennent à déjouer. C’est le seul avantage que nous ayons de vieillir : profiter de nos expériences person-
nelles.

30 mars
J’espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000 avec des ailes de papillon.

12 avril
Je commence seulement à comprendre. Il faudrait tout recommencer.

Pierre Bonnard, Observations sur la peinture, éditions de L’Atelier contemporain, 15 €.

« Pierre Bonnard. Peindre l’Arcadie », du 17 mars au 19 juillet 2015. Musée d’Orsay. www.musee-orsay.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°677 du 1 mars 2015, avec le titre suivant : Le jour où Bonnard a peint Terrasse à Vernonnet

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