Lundi 10 décembre 2018

Le dessin avant Mai 68

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 20 mars 2013 - 414 mots

Considéré comme le fondement de l’art, le dessin fut l’unique enseignement artistique de l’École des beaux-arts de Paris pendant plus de trois cents ans, jusqu’à la rupture en 1968.

Quand Le Brun fonde en 1648 l’Académie royale de peinture et de sculpture, il a en tête l’Italie, ses chefs-d’œuvre, son passé antique et, surtout, l’Académie de dessin créée à Florence un siècle plus tôt. Le peintre de Louis XIV fait donc reposer l’enseignement artistique exclusivement sur la pratique du dessin, renvoyant l’apprentissage technique de la peinture et de la sculpture, considérée comme moins nobles, dans des ateliers privés à l’extérieur de ses murs.

Sous la direction des membres de l’Académie, les élèves de l’École des beaux-arts dessinent d’après modèle vivant et d’après « la bosse », c’est-à-dire d’après une réplique de statue antique. Des centaines de copies sont envoyées d’Italie et vont constituer l’unique répertoire de formes des futurs artistes officiels pendant trois cents ans. Toujours plus près du modèle italien, une Académie de France est créée à Rome en 1663 et accueille les lauréats du Prix de Rome pour un séjour de cinq ans.

La modernité, première rupture
Les bouleversements politiques en France n’entament pas cette organisation. Après la Révolution, l’Institut de France reprend l’enseignement artistique. Les professeurs sont choisis par la nouvelle Académie des beaux-arts, dont ils sont pour la plupart membres, tout comme les artistes à la tête des ateliers privés, qui deviennent des antichambres de l’école.

Le système tourne sur lui-même et s’enraye, les critiques fusent, des voix s’élèvent. Nieuwerkerke, intendant des beaux-arts de la Maison de l’Empereur, considère que l’élève « sacrifie son sentiment personnel et prendra la manière qu’il sait approuvée et qui seule peut lui procurer des succès [aux concours]. » La rupture éclate et mène à la réforme peu ambitieuse de 1863, année du Salon des refusés où Manet présente Le Déjeuner sur l’herbe.

Outre l’introduction d’ateliers pratiques, l’enseignement est retiré à l’Académie et confié à un collège de professeurs… académiciens pour la plupart. S’engage alors ce que l’auteure Monique Segré appelle « le sommeil de la vieille dame » (L’art comme institution, 1993). « Il est vrai que de la lecture […] de l’assemblée générale des professeurs ne ressort pas une grande inventivité, ni un désir de renouvellement. » La maîtrise du dessin, d’après copie d’antiques et modèles vivants, est toujours l’essentiel de la pédagogie. L’auteure conclut ainsi : « Faut-il donc s’étonner que les statues antiques aient volé en éclats en Mai 1968 ? »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°656 du 1 avril 2013, avec le titre suivant : Le dessin avant Mai 68

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