Lavier, retour sur investissement

Par Eric de Chassey · L'ŒIL

Le 1 novembre 1999

Pour qui veut considérer l’œuvre de Bertrand Lavier de manière sérielle, ce qui vient de s’ouvrir avec les Blancs d’Espagne représente à la fois un retour sur des travaux plus anciens (presque au sens où l’on peut parler d’un retour sur investissement) et une ouverture à des aspects nouveaux.
À l’échelle 1, ces grands panneaux en camaïeu de gris ne sont rien d’autres techniquement que les reproductions par jet d’encre de vitres badigeonnées de grands et larges tracés blancs. Ils rappellent ainsi les miroirs recouverts d’un épais gel d’acrylique d’il y a une quinzaine d’années, en même temps que les Reliefs-peintures de 1987-1991, qui alternaient déjà entre le prélèvement direct d’un fragment de façade et sa reproduction photographique. Sauf qu’ici, beaucoup plus qu’ailleurs, Lavier met à profit les défauts mêmes de la technique qu’il utilise pour re-picturaliser la photographie, en un jeu complexe d’aller-et-retour, au sein d’une seule œuvre, entre l’illusionnisme et la vérité en peinture. Ce qui prime n’est alors pas tant le discours sur la peinture et la photographie, ni l’énième glose sur la figure du tableau comme fenêtre, pas plus que la mise à distance de l’acte créateur par sa reproduction, mais bien plutôt la présentation des conditions d’existence aujourd’hui de tout regard artistique, de tout geste pictural, là où survient l’image, le plus communément du monde.

PARIS, galerie Daniel Templon, jusqu’au 30 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°511 du 1 novembre 1999, avec le titre suivant : Lavier, retour sur investissement

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