Jeudi 12 décembre 2019

musée

Lavier l’inclassable

L'ŒIL

Le 1 juin 2002 - 334 mots

Depuis de nombreuses années, Bertrand Lavier participe à la plupart des grandes expositions et manifestations artistiques de ce pays. Cette présence remarquée attesterait donc d’une indéniable reconnaissance de la part d’un milieu souvent friand d’installations et d’interrogations spéculatives. Il n’en est rien et l’exposition actuelle, première du genre depuis 1985, démontre qu’au contraire les résistances sont nombreuses envers l’art de cet artiste inclassable. Il est vrai que son évolution a laissé plus d’un critique perplexe. Pourtant, bien que son activité puisse s’incarner dans des objets et installations très différents les uns des autres, l’ensemble de l’œuvre est remarquable de logique. C’est la première leçon de cette belle rétrospective. Dès le parvis du musée, une étrange fontaine attend le visiteur. Une fois passé le vaste hall où il présente le monumental Pylone-chat (1993-2000), la salle dite « New York » lui offre la possibilité d’une configuration spécifique propre à introduire les spectateurs à la suite de l’exposition, c’est-à-dire la soixantaine d’œuvres réparties dans près d’une dizaine de salles. Dans un deuxième temps Bertrand Lavier s’amuse en effet à décliner de salle en salle les différents thèmes qui ont marqué sa carrière. Chaque ensemble regroupe aussi bien des pièces anciennes telles que Giulietta (1993) ou au contraire plus récentes comme Chuck my Truck (1995-2000). Enfin, une salle entière est attribuée à la fameuse Walt Disney Productions, ensemble d’œuvres qui reprenait de vagues pièces abstraites trouvées dans une mauvaise BD de Mickey. Pour Bertrand Lavier, aucune œuvre n’est définitivement arrêtée, figée dans une forme définitive. Elle peut toujours donner lieu à de nouveaux développements, de nouvelles variations. L’art de Lavier reste celui d’un mouvement d’interrogation non pas du réel en lui-même mais bien du rapport que nous établissons avec lui et la manière dont nous construisons continuellement une représentation de notre environnement avec tout ce que cela implique comme choix idéologique et éthique.

- PARIS, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11, av. du Président Wilson, tél. 01 53 67 40 00, 31 mai-22 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°537 du 1 juin 2002, avec le titre suivant : Lavier l’inclassable

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