Dimanche 15 septembre 2019

Vienne

L’Albertina en son temps

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 8 avril 2014 - 693 mots

Le musée, créé à partir de la collection d’arts graphiques d’un prince, fait retour sur son passé.

VIENNE - Nationalisé à la fin de la Première Guerre mondiale, le palais de l’Albertina a traversé la majeure partie du XXe siècle en rasant les murs. Boudant l’histoire impériale du bâtiment, le peuple de la jeune République d’Autriche a préféré au siècle dernier mettre en valeur ses riches collections d’art graphiques, parmi les plus belles au monde. Depuis, les esprits ont évolué. Répondant au vœu le plus cher de son directeur, Klaus Albrecht Schröder, le musée propose aujourd’hui de faire découvrir aux nouvelles générations cette histoire fondatrice longtemps négligée. Cette démarche pourrait se contenter de s’inscrire dans la tendance pour les musées internationaux au recentrage et à la valorisation de leurs collections, gestes moins coûteux que des expositions flamboyantes aux frais d’assurances exorbitants. Or, « Les origines de l’Albertina » a beau être une autocélébration du musée et de ses collections, jamais l’institution n’a organisé exposition aussi complexe et spectaculaire.

Parcours selon deux axes
L’exposition est à l’image de son fondateur, le prince Albert de Saxe, duc de Teschen (1738-1822), et de son épouse, Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (1742-1798), fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et sœur de Marie-Antoinette. Dignes représentants d’un XVIIIe siècle éclairé, le couple a nourri un rapport de curiosité, d’encyclopédie et d’intimité avec l’art et la culture, tout en cultivant la dignité de son rang. Face à l’étendue et à la diversité du sujet, le commissaire Christian Benedik a conçu un parcours en deux dimensions – l’histoire du couple, richement documentée, est entrecoupée par les salles consacrées à une fraction du million d’œuvres sur papier collectionnées par Albert.

Soucieux de s’adresser aux différents publics, le commissaire s’est efforcé de livrer un propos aussi dense qu’accessible. La dynamisation de la scénographie, déployant notamment un éventail de papiers peints inspirés de l’époque, se révèle payante. La leçon d’histoire se muerait presque en roman d’aventures : l’enfance choyée et studieuse des deux aristocrates à Vienne et à Dresde ; leur mariage d’amour qui fait alors figure d’exception ; le Grand Tour, au cours duquel le duc découvre le noyau de la collection graphique qu’il avait commandée à Giacomo Durazzo, ambassadeur impérial à Venise ; leur règne paisible sur les Pays-Bas autrichiens dans le décor de rêve du château de Laeken, à Bruxelles ; leur départ forcé vers Vienne en 1793 et le déménagement de la fabuleuse collection d’Albert… Et bien entendu la transformation et l’agrandissement du palais viennois au début du XIXe siècle pour accueillir les précieuses œuvres.

En dépit de la pluralité des thèmes abordés (la franc-maçonnerie, les sciences..), les œuvres, objets décoratifs (tapisserie, argenterie) ou encore le mobilier ayant appartenu à Marie-Christine et Albert concourent à la création d’un sentiment de proximité avec le couple et son histoire. Impression renforcée par l’atmosphère feutrée des salles d’arts graphiques, où l’on accède au cœur du sujet.
Ne serait-ce que pour admirer une seule fois dans sa vie Le Lièvre (1502) d’Albrecht Dürer sur lequel l’Albertina veille jalousement, cette exposition très réussie vaut le déplacement. Mais le plaisir ne s’arrête pas là. Les salles de dessin ponctuent le parcours à trois reprises – une pause italienne, hollandaise et allemande, puis flamande et française – avec leurs lots de feuilles précieuses signées Michel-Ange, Léonard, Raphaël, Rubens (Nicolaas, le fils de l’artiste, portant un collier de corail, v. 1619), Jacob de Gheyn III (Ecce Homo, 1616), Rembrandt (L’Éléphant, 1637), Tiepolo (Homme barbu avec toque en fourrure) et un Jacques Louis David impressionnant (Les Combats de Diomède, 1776). Un régal impérial.

Les Origines de l’Albertina

Commissaire général : Klaus Albrecht Schröder, directeur de l’Albertina
Commissaires scientifiques : Christian Benedik, conservateur à l’Albertina ; Stefanie Hoffmann-Gudehus, conservatrice adjointe

Les Origines de l’Albertina. De Dürer À Napoléon

Jusqu’au 29 juin, Albertina, Albertinaplatz 1, Vienne, Autriche, tél. 43 1 534 830
www.albertina.at
tlj 10h-18h, 10h-21h le mercredi
Catalogue, Les origines de l’Albertina. 100 chefs-d’œuvre de la collection, coéd. Albertina (Vienne)/Hatje Cantz (Ostfildern, Allemagne), 2014, 272 p., 39,80 €
disponible en anglais
Catalogue, Les origines de l’Albertina. Le duc Albert et son temps, coéd. Albertina/Hatje Cantz, 2014, 328 p., 39,80
disponible en allemand uniquement.

Légende photo

Albrecht Dürer, Lièvre, 1502, aquarelle, crayon et rehauts de blanc, Albertina, Vienne. © Albertina, Wien.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°411 du 11 avril 2014, avec le titre suivant : L’Albertina en son temps

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