Vendredi 23 février 2018

La terre cuite à l'honneur

L'ŒIL

Le 14 novembre 2007

La sculpture en terre cuite connaît un indéniable regain de faveur. Après la sublime exposition du Mans (cf. p. 35), en même temps que l’importante manifestation du Louvre, « De Pigalle à Canova »
(cf. L’Œil n° 550), la galerie Patrice Bellanger présente quant à elle les « Morceaux choisis d’une collection », soit une bonne vingtaine de pièces de qualité souvent exceptionnelle. Si quelques-unes datent de la deuxième moitié du XVIIe (Charles Hoyau, Corneille Van Cleve, Philippe Bertrand),
la plupart sont dues aux grands maîtres français du XVIIIe siècle : Bouchardon, Lemoyne, Slodtz, Falconet, Caffieri, Pajou, Houdon, Moitte, Marin, Clodion. Ce dernier est représenté par cinq œuvres, dont un bas-relief en frise représentant des Scènes de vendanges, proche des décors sculptés qu’il fit pour certains hôtels particuliers parisiens, et typique de cette veine anacréontique qu’affectionnait le sculpteur. Du même, on trouvera une pièce aussi belle qu’étrange, la maquette du Mausolée de Fifi : le défunt – un serin – est porté par deux autres oiseaux ; l’un tient le flambeau de la vie renversée ; l’autre, symbolisant la mort, la tête décharnée couverte d’un linceul, tient une faux et un sablier.
Si ces morceaux choisis illustrent magnifiquement la sculpture française, deux des plus beaux sont cependant l’œuvre du Suédois Johan Tobias Sergel. L’Enlèvement d’une Sabine illustre parfaitement l’un des thèmes explorés par l’exposition du Louvre : la réappropriation de modèles maniéristes par certains sculpteurs de la fin du xviiie siècle. Ici, Sergel reprend le thème et la composition du groupe fameux de Jean de Bologne sculpté dans les années 1580. La seconde œuvre de Sergel, Apollon et Daphné, est un petit bas-relief où les figures de profil rappellent les danses de satyres et de ménades sur les vases antiques. C’est une véritable chorégraphie : aux battements agiles des jambes d’Apollon répond le battement désespéré des bras de la nymphe, geste d’effroi, et d’expiration, car déjà les rameaux naissent au bout des doigts. Par sa tonalité d’un rouge subtilement modulé, cette petite merveille nous rappelle que la terre cuite est aussi un art de la couleur.

« Morceaux choisis d’une collection », PARIS, galerie Patrice Bellanger, 136 rue du faubourg Saint-Honoré, VIIIe, tél. 01 42 56 14 50, 17 septembre-25 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°551 du 1 octobre 2003, avec le titre suivant : La terre cuite à l'honneur

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