Dimanche 25 février 2018

La recherche, le public et le musée

L’art de rendre vivante une exposition au Musée des beaux-arts de Lyon

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 25 janvier 2008

“Faïences à reflets métalliques en Espagne musulmane et chrétienne du XIIe au XVIIIe siècle”? : un sujet a priori ardu, que le Musée des beaux-arts de Lyon a su aborder de manière intelligente et ludique. À l’aide d’une muséographie inventive, doublée d’un parcours spécialement conçu pour les enfants, l’exposition invite à suivre l’histoire des céramiques lustrées, depuis leur apparition à la cour des Abbassides, jusqu’à leur diffusion dans les milieux princiers d’Orient et d’Occident.

LYON - Fleuron de la vaisselle d’apparat, les faïences à reflets métalliques ont été produites par des générations de maîtres potiers grâce à une technique sophistiquée mise au point au IXe siècle, en Iraq, avant d’essaimer dans tout le bassin méditerranéen. Les grands plats, aiguières, vases ailés ou pots à pharmacie recevaient un décor irisé, le lustre métallique, composée en partie de poudres d’oxydes de cuivre et d’argent que fixait une troisième cuisson. Aidé par l’atelier de muséographie des Charrons, le Musée des beaux-arts de Lyon a mis en œuvre une multitude d’idées pour sensibiliser le public à cet art de la céramique lustrée. Des maquettes reconstituant les ateliers de poterie permettent ainsi de saisir les secrets de fabrication, tandis que les premières coupes sont présentées sur des grands panneaux de bois imitant la coque interne d’un bateau, afin de rappeler l’importance du commerce maritime dans le monde méditerranéen, au Moyen Âge. “Le défi était de familiariser le public à un sujet très pointu, tout en respectant les travaux scientifiques en cours... Par chance, les chercheurs sont plutôt indulgents !”, indique Jeannette Rose-Albrecht, commissaire scientifique. Évoquant la richesse des motifs qui ornent les plats, un véritable jardin andalou a été reconstitué pour l’occasion. Les visiteurs peuvent déambuler au milieu d’une profusion de plantes, d’où émergent çà et là des grandes jarres, des poteries ou des poèmes. Au premier étage, la vaisselle est présentée dans un labyrinthe rappelant sobrement le dédale des colonnes de l’Alhambra, à Grenade. Chaque plat bénéficie d’une vitrine particulière, encastrée dans une des arcades du labyrinthe, et peut ainsi être observé des deux côtés, une disposition pertinente puisque que les revers révèlent parfois des décors magnifiques. Les petites allées permettent aux visiteurs d’apprécier au mieux ces céramiques aux motifs géométriques, végétaux – arbre de vie, pomme de pin, fleuron, palmette, tige déroulée – et calligraphiques.

À table !
À l’instar du plat figurant un lion héraldique, dont le marquage sur la poitrine correspond à une tradition développée en Iran sassanide, les pièces témoignent souvent de la rencontre entre motifs chrétiens et musulmans. Certaines utilisent les “arabesques charnues”, apparues à Valence dans la deuxième moitié du XVe siècle, basées sur l’enroulement de l’acanthe et son développement dans l’espace, ou encore le motif “à la bryone”, un enchevêtrement de réseaux décoratifs ordonné par des règles mathématiques. La composition s’y déroule en volutes régulières, à partir d’un cercle central, dans lequel peuvent figurer un dragon, un aigle ou la formule IHS (Iesus Humanitas Salvator), dont les caractères serrés et étirés en hauteur sont proches des hampes de l’écriture arabe. Un grand nombre de décors a été créé autour de blasons de l’aristocratie, tels ceux de Jean II d’Aragon et de Blanche de Navarre. Pour découvrir la faïence à reflet métallique datant de la Renaissance, les visiteurs passent littéralement à table : les plats, écuelles, assiettes et pichets sont installés selon l’art du banquet, sur de grandes tables, élégamment nappées et dressées, autour desquelles ont été disposés des bancs. La fantaisie de la présentation va jusqu’aux cartels : des serviettes de tables ! Les œuvres sont disposées sur des miroirs, de manière, une fois encore, à voir l’envers du décor. Autre trouvaille judicieuse, les céramiques lustrées de Valence, d’Aragon ou de Catalogne sont disposées sur des crédences, meubles destinés à exposer la vaisselle précieuse utilisée pour les banquets. Pour les enfants, des frises illustrées jalonnent tout le parcours de l’exposition, développant les notions principales, en associant une phrase, un dessin et des objets en vitrine, et des “salons de connaissance” leur permettent de détailler le contexte historique et technique de l’art des faïences. Il ne reste au public qu’un effort à fournir : se rendre au musée...

- LE CALIFE, LE PRINCE ET LE POTIER, jusqu’au 22 mai, Musée des beaux-arts, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf mardi, 10h-18h et 20h vendredi. Catalogue RMN, 278 p., 39 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°145 du 22 mars 2002, avec le titre suivant : La recherche, le public et le musée

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