Jeudi 19 septembre 2019

Mouans-Sartoux (06)

À la recherche du corps perdu

Espace de l’art concret Du 21 juin au 26 octobre 2014

Par Céline Piettre · L'ŒIL

Le 25 juin 2014 - 301 mots

L’œuvre choisie comme affiche de l’exposition « À corps perdu » donne l’esprit du parcours à venir. Il s’agit d’une photographie de la performance Rest Energy (1980) mettant en scène Marina Abramović et Ulay, son compagnon de l’époque, dans un face-à-face périlleux.

Placé entre les deux protagonistes, un arc bandé par le poids de leurs corps respectifs vise Marina Abramović au cœur. Le moindre déséquilibre et l’artiste peut être gravement blessée. Ici, au-delà de la métaphore amoureuse, le corps oscille entre une présence (réelle) et une disparition (potentielle).

De la même façon, l’exposition telle qu’elle a été pensée par Fabienne Fulchéri, la directrice de l’Espace de l’art concret, s’intéresse autant aux postures artistiques contemporaines qui intègrent le corps à l’œuvre qu’à celles qui le nient ou font mine de le nier. Un dialogue s’instaure, d’une salle à l’autre, entre ces deux tentations contraires et les laisse converger. On passe des photographies très incarnées de l’artiste allemand Jürgen Klauke, qui utilise son propre corps comme médium (la série Aesthetische Paranoia), aux géométries colorées d’Aurélie Nemours, de la figuration à l’abstraction. Deux mondes apparemment opposés sont réarticulés ensemble. L’exercice curatorial paraît aussi périlleux que la performance de Marina Abramović et Ulay, mais il maintient son cap, vaille que vaille.

Quand le corps se montre, à travers des portraits, c’est pour se dérober en autant de masques. On le croit perdu dans des labyrinthes austères et asubjectifs, il affleure à la surface de la toile devenue épiderme. Contenu dans un trait qui dissimule un geste, une sensation, tapi dans les vibrations optiques d’un Thomas Vinson ou le velouté émeraude des peintures de feu Marthe Wéry. Une porosité que Fabienne Fulchéri s’attache à révéler à travers une sélection d’œuvres historiques (Roman Opalka, Roni Horn, Georges Tony Stoll) ou le travail plus confidentiel de Véronique Joumard.

« À corps perdu »

Espace de l’art concret, château de Mouans, Mouans-Sartoux (06), www.espacedelartconcret.fr

Légende photo
Marina Abramovic et Ulay, Rest Energy, 1980, tirage argentique, 134 x 102cm © Marina Abramovic and Ulay, courtesy Marina Abramovic Archives

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°670 du 1 juillet 2014, avec le titre suivant : À la recherche du corps perdu

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