Vendredi 24 septembre 2021

XIXE SIÈCLE

La Promotion Delacroix

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 7 juin 2017 - 815 mots

PARIS

Le Musée Delacroix présente à la fois sa propre histoire et l’influence du maître romantique sur deux générations de peintres parmi lesquels figure Maurice Denis .

Paris. Après des travaux de rafraîchissement, qui ont permis l’inscription de la salle à manger de l’appartement du peintre dans le parcours de visite, le Musée national Eugène-Delacroix présente une exposition ambitieuse. On y voit, résume la directrice du musée et commissaire de l’exposition, Dominique de Font-Réaulx, « Gauguin, Cézanne, Matisse pour 7 euros ! », soit des noms qui font recette, même s’il est fort à parier qu’une partie du public aura des difficultés à saisir le propos.

Officiellement, l’exposition fait le récit de la naissance du musée, thème passionnant puisqu’il aborde l’histoire du goût et la construction d’une figure héroïque d’artiste, sans oublier les conditions matérielles qui font qu’un tel projet a pu voir le jour. Cette histoire, avec ses péripéties, se raconte plus facilement à l’écrit qu’à travers des œuvres d’art et, malgré les panneaux explicatifs de chaque salle et les cartels, un visiteur distrait peut arriver dans l’atelier du peintre – la dernière salle du parcours – sans avoir trouvé l’exposition « Maurice Denis ». C’est que Denis est montré ici non comme un peintre mais comme l’âme même du musée, celui qui l’a porté.

Quelques incohérences
Ce sont des concepts difficiles à exposer et il faut donner de belles choses à voir au public. Le propos est donc élargi, dans l’atelier, à l’influence de Delacroix sur deux générations de peintres qui ne l’ont pas connu mais ont participé à la création et à la vie du musée. L’Odalisque à la culotte rouge de Matisse (1921) a sa place ici, car Matisse a été président de la Société des amis du musée. Mais comment justifier la présence de l’Intérieur arabe (1895) d’Émile Bernard ? Même s’il était un grand admirateur de Delacroix, ce peintre ne semble pas, de près ou de loin, avoir jamais été en rapport avec le musée… À vrai dire, il n’est plus beaucoup question de l’institution dans cette salle où l’on trouve, près du Bouquet de fleurs (vers 1849) du maître romantique, le Vase de fleurs (1896) de Gauguin et un fac-similé de son Cahier pour Aline. Même si, à côté de l’Apothéose de Delacroix (vers 1890-1894) de Cézanne, l’Hommage à Cézanne (1900) de Maurice Denis montre, selon la commissaire, « la future Société des amis trente ans avant le musée », l’atelier est surtout consacré à une évocation de la postérité du peintre, à quelques-uns de ceux qui auraient pu se désigner eux-mêmes comme « la promotion Delacroix ». « Dans l’appartement, j’ai voulu raconter l’histoire et, là, j’ai voulu que ce soit une fête pour les yeux », explique Dominique de Font-Réaulx.

Le Journal de Delacroix découvert par une génération d’artistes
Dans les salles vouées exclusivement à la présentation de l’histoire du musée, règne aussi la confusion. Dans la première, qui a pour thème « L’aventure singulière de la Société des amis d’Eugène Delacroix » et met l’accent sur la découverte du Journal de Delacroix par une génération d’artistes (il fut publié en 1893), le visiteur doit comprendre par lui-même que Cézanne, mort trop tôt pour être concerné par la Société, fut une sorte de passeur entre Delacroix et Maurice Denis. Ailleurs, on peut y voir la copie de La Mort de Sardanapale due à Frédéric Villot. Mort en 1875, celui qui fut l’ami du peintre n’a pas non plus pu faire partie de la Société des amis d’Eugène Delacroix et, s’il est mentionné dans son Journal, on ne voit pas très bien ce que son tableau fait là…

Dans la chambre sont présentées des œuvres rarement exposées ayant fait partie de la première collection du musée. Ces donations démontrent, selon Dominique de Font-Réaulx, « l’entregent de Maurice Denis », lequel sut fédérer, autour du projet, des peintres et des personnalités du monde de l’art. Le salon renferme une sélection d’œuvres acquises, parfois tout récemment, par la Société des amis. L’ensemble est elliptique et, pour comprendre réellement les conditions de la naissance du musée et son histoire, le visiteur doit suivre une visite commentée ou lire le catalogue.

Parallèlement court de façon quasi cryptique l’exposition consacrée à Maurice Denis (1870-1943). Son autoportrait présenté dans la salle à manger, mais aussi son Journal, ses carnets de croquis, ses photographies et ses œuvres monumentales évoquent la figure importante, un peu oubliée aujourd’hui, qu’il a été. La liberté de ses esquisses, la maîtrise de ses dessins et la monumentalité de ses grands décors font constamment écho à l’œuvre de Delacroix dont il a été le disciple sans jamais devenir un imitateur. Ses grandes études pour la coupole du Petit-Palais de Paris, dont le programme était l’Histoire de l’art français, constituent des manifestes. Bien qu’elle ne lui soit pas réellement consacrée, l’exposition du Musée Delacroix pourrait réveiller l’intérêt du public pour ce peintre.

Maurice Denis et Eugène Delacroix, de l’atelier au musée

Jusqu’au 28 août, Musée national Eugène-Delacroix, 6, rue de Fürstenberg, 75006 Paris.

Légende Photo :
Paul Cézanne, Apothéose de Delacroix, huile sur toile, Musée d'Orsay, Paris © Photo RMN (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°481 du 9 juin 2017, avec le titre suivant : La Promotion Delacroix

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