Mardi 11 décembre 2018

XVIIIe

La peinture dans les églises

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2013 - 832 mots

Le Musée Carnavalet met en lumière la peinture religieuse du Grand Siècle dans les églises parisiennes.

PARIS - Au XVIIe siècle, au lendemain des guerres de religion, Paris est en pleine expansion urbaine ; les grands chantiers de construction et de décoration des églises se multiplient. Dans ce contexte artistique foisonnant, la peinture religieuse connaît un grand essor. Démonstration est aujourd’hui faite au Musée Carnavalet à travers un parcours didactique et subtil élaboré avec la Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles (COARC) de la Ville de Paris. Le nombre de tableaux français du XVIIe siècle aujourd’hui conservés dans les églises de Paris est estimé à 350. Et, comme le souligne Guillaume Kazerouni, le commissaire de la manifestation, « l’étonnante variété de ce fonds offre une vision de la peinture de cette époque qui complète celle proposée par les musées ».

La démonstration réunit ainsi une sélection d’œuvres issues d’églises parisiennes, de musées et de collections privées. Dessins préparatoires et gravures témoignent, en outre, de monuments et œuvres disparus tout en permettant d’appréhender les tableaux dans le contexte architectural qui les a vues naître. Cette période faste pour la peinture religieuse parisienne commence avec le règne d’Henri IV et la régence de Marie de Médicis (1585-1630). Du règne d’Henri IV, il reste peu de tableaux ; L’Adoration des mages (1585) de Jérôme Francken ici présenté est une exception. Les églises de la capitale conservent encore quelques rares témoignages des années 1620, où dominent deux artistes : Georges Lallemant et Quentin Varin.

Un vecteur de pouvoir
Le règne de Louis XIII et Anne d’Autriche est considéré comme le véritable « âge d’or » de la peinture religieuse. De 1630 à 1650, le roi et Richelieu associent l’Église à l’affirmation d’un pouvoir centralisé. Les chantiers architecturaux se poursuivent ; la peinture y joue un rôle central. Revenu d’Italie, Simon Vouet donne un nouveau souffle à la peinture décorative religieuse. Parmi les tableaux qu’il exécute, signalons la présence de L’Adoration du nom divin par quatre saints (vers 1648) conservée à l’église Saint-Merri. Le passage par Paris de Poussin, entre 1640 et 1642, marque un changement dans le style pictural parisien qui rompt avec le lyrisme de Vouet. « Se diffuse alors un art sobre, harmonieux et mesuré », comme le souligne dans le catalogue Guillaume Kazerouni ; un art auquel adhèrent La Hyre, Champaigne ou Le Sueur.

À l’instar de l’hôtel royal des Invalides, les constructions prestigieuses se poursuivent sous Louis XIV qui veut faire de Paris une « nouvelle Rome ». Premier peintre du roi et directeur de la jeune Académie de peinture et sculpture, Charles Le Brun, démarre sa carrière avec des œuvres comme le Martyre de Saint Jean l’Évangéliste (1642), exposé ici aux côtés de son esquisse, avant de répondre aux commandes de Notre-Dame, des jésuites ou des carmes. C’est la cathédrale de Paris qui conserve l’ensemble le plus impressionnant de grands tableaux, commandés dans le cadre de l’offrande du May à l’initiative des orfèvres parisiens. Le musée invite le public à poursuivre sa visite dans les églises Saint-Eustache, Saint-Nicolas-des-Champs et Saint-Joseph-des-Carmes dont les chapelles ont fait l’objet de travaux de restauration. Cette manifestation se veut un nouveau chapitre de l’histoire de la redécouverte et de la préservation du patrimoine religieux de la capitale, sur laquelle il reste tant à écrire.

Le Grand Siècle parisien à Nantes

En écho à l’exposition du Musée Carnavalet, le Musée des beaux-arts de Nantes présente, dans la chapelle de l’Oratoire, les retables des églises et couvents parisiens du Grand Siècle français conservés dans ses collections. Parmi les œuvres exposées, Le Repas chez Simon le Pharisien (vers 1656) signé Philippe de Champaigne. Commandé par la reine Anne d’Autriche pour l’abbaye parisienne du Val-de-Grâce, l’œuvre de quatre mètres sur trois a été confiée au Centre de restauration et de Recherche des musées de France, dont le travail est présenté dans un film documentaire. Citons également l’Apothéose de saint Eustache et de sa famille (1634-1637) conçue par Simon Vouet pour le maître-autel de l’église de Saint-Eustache, et un Repos de la Sainte Famille peint en 1641 par Laurent de la Hyre pour le couvent des Annonciades célestes ou encore le cycle peint par Sébastien Bourdon pour le couvent des Minimes de Chaillot. Baignées par la lumière naturelle de la chapelle, les œuvres se révèlent au public dans toute leur authenticité.

« Splendeurs sacrées, chefs-d’œuvre du XVIIe français », Musée des beaux-arts de Nantes – Chapelle de l’Oratoire, Place de l’Oratoire, 44000 Nantes, tél. 02 51 17 45 00, tlj sauf mardi 10h-18h et 20h le jeudi. Jusqu’au 20 janvier

Les couleurs du ciel

Jusqu’au 24 février, Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné, 75003 Paris, tél. 01 44 59 58 58, www.carnavalet.paris.fr, tlj sauf lundi et jours fériés, 10h-18h.

Catalogue : 366 p., 49 €.

Nombre d’œuvres : 120

Commissaire scientifique : Guillaume Kazerouni, chargé des cours d’histoire de l’art à la Manufacture des Gobelins

Voir la fiche de l'exposition : Les couleurs du ciel : Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle

Légende photo

Affiche de l'exposition « Splendeurs sacrées, chefs-d’œuvre du XVIIe français » au Musée des beaux-arts de Nantes – Chapelle de l’Oratoire, Place de l’Oratoire , jusqu’au 20 janvier 2013.

Affiche de l'exposition « Les couleurs du ciel : Peintures des églises de Paris au XVIIe siècle » au Musée Carnavalet , du 5 octobre 2012 au 24 février 2013.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°382 du 4 janvier 2013, avec le titre suivant : La peinture dans les églises

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