Vendredi 14 décembre 2018

La maison, cet étrange objet du désir

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 juin 2004 - 332 mots

Quel flâneur musardant dans les rues de Paris n’a jamais observé d’un air rêveur les quelques maisons égarées dans les rues d’une capitale tellement serrée dans sa ceinture qu’elle a toujours privilégié l’habitat collectif ? Des ruelles de la Mouzaïa à l’extravagante villa Montmorency, des icônes de l’architecture moderne aux réalisations contemporaines flattées par les revues d’architecture, la maison parisienne reste un fantasme pour tout citadin aspirant à la tranquillité. Pourtant, cette domus est plus complexe qu’il n’y paraît, comme le démontre cette exposition conçue par Luc Baboulet, architecte et enseignant. Car outre les vestiges des anciens villages intégrés à la capitale en 1860 ou les quelques lotissements construits à la fin du XIXe siècle, la construction individuelle à Paris relève le plus souvent d’une stratégie particulière, celle de l’infiltration dans un interstice que seule l’habileté d’un professionnel parviendra à transformer en « maison ». De fait, celle-ci use d’artifices qui l’éloignent toujours davantage du modèle pittoresque et primitiviste du pavillon couvert d’un toit à deux pentes, de plain-pied avec son jardin. L’exposition explore donc les multiples facettes de ce facteur d’hétérogénéité dans une ville passée sous les fourches de l’haussmanisation, sujet paradoxalement peu étudié – même les chiffres de recensement diffèrent, dénombrant de 12 000 à 14 000 maisons ! Le visiteur est accueilli par un objet de rêve : la maquette de la maison de Verre construite à partir de 1927 par Pierre Charreau.
Puis la promenade, guidée par la scénographie démonstrative de Stéphane Maupin, s’articule autour d’une grande maison en inox « poli-miroir », archétype réfléchissant les représentations symboliques liées à la maison. Évocation du contexte urbain, mise en lumière d’une diversité typologique, la visite s’achève avec quelques propositions utopiques d’habitat individuel, objet récurrent des recherches des architectes, de Le Corbusier à Yona Friedman.

« Le Paris des maisons, objets trouvés », PARIS, pavillon de l’Arsenal, 21 boulevard Morland, IVe, tél. : 01 42 76 33 97, jusqu’au 29 août. Cat. sous la dir. de Luc Baboulet, Picard, 43 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°559 du 1 juin 2004, avec le titre suivant : La maison, cet étrange objet du désir

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