Vendredi 30 octobre 2020

La fondation Cartier très… « quality street »

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 26 juin 2009 - 343 mots

Au printemps dernier, et sous l’impulsion surlignée de l’architecte et collectionneur Alain-Dominique Gallizia, le Grand Palais accueillait une exposition en forme de battle : de longues « fresques » ou bandeaux de formats identiques livrés à des graffeurs chevronnés déclinant une même thématique.

Spectacle, marché et démonstration ultra contemporaine, la manifestation jouait une partition in situ mais in vitro. Après tout, le graff a gagné cimaises et marché de l’art depuis belle lurette.
C’est cette trajectoire-là que la fondation Cartier entend prendre en charge. Quelle meilleure façon de circonscrire le street art, que de commencer par lui écrire une généalogie en bonne et due forme ? Origines, codes, tuteurs, contradictions, ramifications, mondialisation, influences, héritages, à y regarder de plus près, l’histoire, amorcée à la fin des années 1960, concourt largement à en faire un mouvement. Pluriel, tributaire de disciplines connexes – BD en tête – et contextes sociologiques et géographiques multiples, mais un mouvement. L’exposition – qui compte bien tirer son affaire du côté de l’histoire de l’art et du lien texte/signature/image – laisse parole et aérosols aux artistes d’aujourd’hui, mais fait aussi la part belle aux rares documents d’époque.
Et c’est bien cette inscription historique et la manière dont le street art va modeler la ville aux quatre coins de la planète qui fait tout l’intérêt de l’exposition. Bien sûr, pratique éphémère oblige, ne reste aucune trace visible des débuts des writers urbains que furent les pionniers Seen, Taki 183 ou Part one, mais photographies et films cultes donnent à suivre les balades tendues entre Manhattan et le Bronx, à comprendre la codification progressive du tag au graff, de la signature à l’élaboration ambitieuse de styles calligraphiques et de motifs, du quartier à la contamination de la ville par le recouvrement des rames de métro ou de bus.
Beauté du geste, pratique éphémère et contraintes physiques, une histoire qui tendrait alors à placer les pionniers du graff sous le signe de la performance.

Voir

« Né dans la rue. Graffiti », fondation Cartier, 261, bd Raspail, Paris XIVe, www.fondation.cartier.com, jusqu’au 29 novembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°615 du 1 juillet 2009, avec le titre suivant : La fondation Cartier très… « quality street »

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