Mardi 10 décembre 2019

La fièvre Van Dongen

L’artiste à l’honneur à la Fondation Gianadda, en Suisse

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 22 février 2002 - 633 mots

Souvent jugée sulfureuse et artificielle, la figure féminine hante l’œuvre de Kees van Dongen (1877-1968), de sa période fauve aux derniers grands formats. À travers une centaine de peintures et aquarelles, la Fondation Pierre-Gianadda, à Martigny, en Suisse, rend hommage à un artiste longtemps considéré comme le peintre mondain d’une certaine bourgeoisie parisienne.

MARTIGNY - Avec ses couleurs pures – le vert du chapeau et de l’écharpe, l’orange et le rouge du visage, le vermillon de la bouche –, La Dame au chapeau vert de Kees Van Dongen s’affiche partout dans Martigny. Mise en dépôt ici avec d’autres ouvrages de la Collection Frank, elle est à l’origine de la rétrospective que consacre la Fondation Pierre-Gianadda à l’artiste hollandais. Survenu en plein Mai 1968, le décès de Van Dongen était passé quasiment inaperçu et son œuvre avait peu à peu sombré dans oubli, jusqu’à ce que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, en 1990, ne propose une relecture de son art, souvent qualifié de “mondain”. “Van Dongen témoigne de sa participation fiévreuse et satisfaite, pendant plus d’un demi-siècle, à une société grisée, avec Paul Poiret, par la libération du corset. [...] Le peintre a essentiellement brossé au quotidien, durant toute sa carrière, à travers l’entourage libertin et mondain qu’il s’était choisi, un art de vivre aujourd’hui légendaire”, commente dans le catalogue Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition. Disposés chronologiquement, les tableaux défilent dans la Fondation Gianadda. Les premières toiles correspondent à l’engouement du peintre, dès son arrivée à Paris, en 1900, pour les ambiances parisiennes des cafés, des music-halls et des cabarets, qu’il représente dans le style fauve, comme Le Moulin Rouge (1900-1905), Les Fêtards (1901-1903) ou La Matchiche au Moulin de la Galette (1905). Déjà, la figure féminine, dont les premiers modèles étaient des prostituées, domine son œuvre. “Monsieur Kees van Dongen continue à inspecter le monde des filles, des barmaids de Londres ou des bouges de Montmartre. Des excentricités voulues, l’agrandissement des yeux cernés de meurtrissures et de khôl. Une matière picturale savoureuse”, écrit Louis Vauxcelles lors du Salon d’Automne de 1908. La Femme au collant vert (1905), Nini la Parisienne, La Parisienne de Montmartre (1907-1910) ou encore les Amies (1908) ont en commun un maquillage outrancier, une attitude excessive et une chair palpable, traitée dans des tons acides et verdâtres.

La vie plus belle que la peinture
Les couleurs plus pures, apparues dans la Gitane (1910-1911) au châle rouge flamboyant ou Le Jeune Arabe (1910-1911) à la peau cuivrée, correspondent aux différents voyages que Van Dongen effectue en Espagne, au Maroc et en Égypte, tandis que La Femme en Blanc (1912), élégante silhouette se détachant de grands aplats géométriques, compte parmi les premières toiles monumentales. Leur succède, célèbre pour le scandale qu’il suscita, Tableau, encore intitulé Le Châle espagnol, La Femme aux pigeons ou Le Mendiant d’amour, représentant une femme ouvrant son châle pour dévoiler sa nudité avec, à ses pieds, dans la pénombre, un homme accroupi. Jugé obscène, le tableau fut retiré du Salon d’Automne de 1913, sur ordre de la police. Les dernières pièces exposées, Femme à l’éventail (1927), Jasmy Jacob (1919-1925), Madame T. et Le Manteau de Cygne (1925-1930), accompagnant l’Autoportrait en Neptune (1922) dans lequel Van Dongen se représente paré pour une fête costumée, ne justifient pas forcément le choix de la rétrospective. Dans les salles suivantes figurent les aquarelles de l’artiste, souvent des sujets coquins, des scènes de rues et d’éternels portraits de femmes, effrontément séduisantes. “Eh bien ! oui, j’aime passionnément la vie de mon époque, si animée et si fiévreuse !, écrit Van Dongen en 1927, Ah ! la vie, c’est peut-être encore plus beau que la peinture !”

- VAN DONGEN, jusqu’au 9 juin, Fondation Pierre-Gianadda, 1920 Martigny, Suisse, tél. 41 27 722 39 78, tlj 10h-18h. Catalogue 215 p., 42,55 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°143 du 22 février 2002, avec le titre suivant : La fièvre Van Dongen

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