Mercredi 11 décembre 2019

Patrimoine

ARTS DÉCORATIFS

La croisière s’amuse au V&A

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 29 mars 2018 - 355 mots

Une grande exposition sur l’âge d’or des paquebots à travers l’excellence de ses arts décoratifs, mais qui fait l’impasse sur la question sociale.

Londres. Le Victoria & Albert Museum (V&A) tente de retracer l’épopée des palaces flottants du XXe siècle, conçus comme des villes à part entière. Mais dans l’exposition « Ocean Liners, Speed and Style », il est surtout question de style autour de 250 objets réunis pour retransmettre l’esprit de ces paquebots, de la toute fin du XIXe siècle aux années 1970. L’essor de l’aviation et des longs courriers signe en effet la fin de l’âge d’or des paquebots.

Dans le parcours, le style est partout : l’excellence des arts décoratifs défile avec les meilleurs designers, les meilleurs artistes, les plus grands stylistes. Les compagnies maritimes se livrent une guerre commerciale sans merci. Chaque navire possède son propre style : néobaroque sur le paquebot allemand Kronprinzessin Cecilie (1907), versaillais sur le France (1912), Art déco sur le Normandie (1935), comme en témoigne un panneau monumental du fumoir, extraordinaire travail de laque du décorateur Jean Dunand en 1935. L’autre grand moment du parcours est la salle consacrée à la mode et aux accessoires des passagers. Diamants de chez Cartier, soieries signées Jeanne Lanvin, bagages siglés aux armes Windsor : l’élite sociale a droit au ponton supérieur, à la piscine et à l’escalier d’honneur recréés par une scénographie inventive et élégante.

 

 

Les questions sociales ont quitté le navire

L’exposition peut toutefois provoquer une certaine frustration : la « vitesse » présente dans le sous-titre est rapidement expédiée dans une petite salle consacrée à l’ingénierie de ces paquebots, pourtant chefs-d’œuvre de technologie. Surtout, l’immense majorité des passagers est également remisée en périphérie avec des troisièmes classes quasi-absentes du discours. Les questions sociales soulevées lors de la conception de ses villes flottantes et la distribution des espaces entre classes ne sont pratiquement pas abordées dans l’exposition. Elles sont pourtant fondamentales, si l’on veut évoquer les paquebots « sans nostalgie ni romantisme » comme le revendiquent les commissaires.

 

 

 

 

Ocean Liners : Speed and Style,

 

 

jusqu’au 17 juin, Victoria and Albert Museum, Cromwell Rd, Knightsbridge, Londres, Royaume-Uni.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°498 du 30 mars 2018, avec le titre suivant : La croisière s’amuse au V&A

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