La confrontation d’œuvres de différents continents plonge le visiteur dans le « musée imaginaire »

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 28 août 2007

Reprenant la notion ô combien séduisante de « musée imaginaire » prônée par André Malraux, l’abbaye de Daoulas invite à un parcours audacieux confrontant, sous un même thème (la fécondité, le pouvoir, la mort…), des œuvres nées chez des peuples et des civilisations dites « primitives ».

Liens familiaux et sociaux
L’exposition s’ouvre ainsi fort logiquement sur ces cultes liés à la fertilité et à la perpétuation du lignage. Dans cette section, c’est surtout le continent noir qui se trouve sollicité à travers ces cohortes de poupées de fécondité Ewé ou Ashanti, seins dressés, mains jointes reposant sur leur ventre bombé, ou bien encore ces figures de maternités dans lesquelles on ne devine aucune trace de psychologie, encore moins de tendresse. Hiératique, cette Mère à l’enfant dogon évoquerait presque la raideur de nos Vierges romanes ! Plus insolites apparaissent ces statuettes du Burkina Faso dont cette parturiente, les jambes en forme de V d’où surgit la tête du bébé.
Sous le titre un brin provocateur d’« affaires de famille(s) », sont ensuite évoqués les rapports complexes régissant ces sociétés dont le caractère profondément hiérarchique échappa longtemps aux premiers observateurs occidentaux. Nul libre arbitre, en effet, pour ces hommes et ces femmes soumis à des rites de passage et à des cycles d’initiation dont le caractère secret n’a d’égale que la sévérité.
L’Afrique, là encore, décline sa panoplie de rituels et de solutions plastiques, à travers une production de masques dont la variété défie l’entendement : géométrique masque Kanaga propre au peuple dogon, masque lunaire sommé de cornes des Baoulé de Côte-d’Ivoire, masque Yaka encore frangé de fibres provenant du Congo. Leur répond ce saisissant masque à bec d’oiseau de Nouvelle-Guinée, prêté exceptionnellement par le musée Barbier-Mueller de Genève.
Mais qui dit hiérarchie dit aussi prestige et « art de Cour », comme en témoignent ces splendides pagaies de parade des îles Salomon, ou ces cannes Akan du Ghana en bois plaqué d’or…

Figures du sacré
Se concilier la protection des ancêtres comme la faveur des esprits nécessite, là encore, force prières et cérémonies. En matière de sacré, l’imagination des hommes ne semble guère connaître de limites, semblent nous dire ces sifflets d’enfants en terre cuite découverts à Monte Alban (Oaxaca) au Mexique, au milieu des statuettes zapotèques enfouies au sein du sol nourricier : n’étaient-ils pas destinés à divertir les génies de la terre ?
L’exposition se clôt sur l’évocation de ce « mystère » bien souvent entaché d’effroi et d’angoisse que l’on nomme pudiquement « l’invisible » ou « l’au-delà ». Ce « hagard apprivoisé », pour reprendre la belle formule d’Aimé Césaire, que l’on surprend au détour de ces masques chamaniques du Népal ou du Tibet, ou de cette figure prostrée en position fœtale d’un tombeau Bahnar des hauts plateaux du
Vietnam. « Les morts gouvernent les vivants », comme aurait dit Auguste Comte… 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°594 du 1 septembre 2007, avec le titre suivant : La confrontation d’œuvres de différents continents plonge le visiteur dans le « musée imaginaire »

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