Dimanche 21 octobre 2018

La Confédération soutient la culture

Mais le mécénat reste essentiel

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 26 septembre 1997 - 635 mots

En Suisse, les activités culturelles sont en théorie financées par les milieux privés, puis par les cantons et les communes. Mais depuis quelques années, la Confédération intervient de façon plus marquée en s’appuyant sur un droit coutumier.

Le mécénat est considéré en Suisse comme le moteur indispensable du développement de toute activité culturelle. Pierre Arnold, président de la délégation de l’administration de la société Migros, déclarait en 1984 que “dans le cadre de Migros, nous devons toujours avoir l’audace d’essayer de faire ce que l’État ne fait pas ou ne peut pas faire”. En théorie, les pouvoirs publics doivent prendre le relais des milieux privés, qui apportent environ 15 % du financement total de la Culture. Dans le système fédéral suisse, les 3 072 communes et les 26 cantons sont appelés à intervenir les premiers pour encourager la création culturelle à l’échelon local et régional. La Confédération n’intervient qu’ensuite. Un véritable principe de subsidiarité est donc posé par les instances publiques. Son action culturelle est d’ailleurs relativement récente. Elle a pris ces dernières années des proportions très importantes, même si la constitution fédérale suisse du 29 mai 1874 ne contient aucun article consacré à la Culture. Cependant, la Confédération a exercé des activités culturelles générales en se fondant sur une compétence constitutionnelle non écrite. De 1960 à 1983, le budget fédéral pour la Culture a connu une expansion sans précédent en augmentant de près de 150 %. Depuis le milieu des années soixante-dix, des voix se sont élevées pour demander la reconnaissance écrite de l’intervention fédérale dans ce domaine, mais les électeurs l’ont refusée lors du référendum de 1994.

Ce rejet s’explique en partie par la conscience très forte des citoyens suisses d’appartenir à un “Heimat”, autrement dit, à une communauté régionale. Au temps de l’unification des cantons, en 1848, circulait d’ailleurs l’adage "Les cantons à la Confédération, la Culture aux cantons". Partant du principe que "l’État ne crée pas la culture, il peut au mieux la favoriser", la Confédération appuie administrativement sa politique culturelle sur l’Office fédéral de la Culture (OFC) et finance la Fondation Pro Helvetia. La section des Beaux-arts de l’OFC dispose en 1997 d’un budget de 2,083 millions de francs suisses (8,3 millions de francs français), en baisse cette année du fait des difficultés financières fédérales. Toutes les mesures prises sont soumises à l’expertise de la Commission fédérale des beaux-arts, créée en 1924 et composée de neuf membres : cinq Suisses alémaniques, trois Suisses romands et un Suisse italien. Chaque année depuis 1899, le concours fédéral des beaux-arts alloue vingt-cinq bourses – allant de 18 000 à 25 000 francs suisses (72 à 100 000 francs) – à de jeunes artistes âgés de moins de quarante ans. La collection de la Confédération helvétique, constituée depuis 1899, comprend aujourd’hui 15 000 œuvres. Au cours du XXe siècle, sa politique a totalement changé : depuis les années cinquante, elle achète systématiquement toute la jeune création suisse. Certaines aides sont destinées à promouvoir l’art helvétique en dehors des frontières pour des expositions d’intérêt national. Ainsi, l’OFC prend en charge la participation suisse à des manifestations telles que la Biennale de Venise, celle de São Paulo...

Outre l’OFC, la Confédération finance les activités de la Fondation Pro Helvetia, qui dispose d’un budget annuel d’environ 25 millions de francs suisses (100 millions de francs). Fondée le 5 avril 1939, elle a un statut de fondation fédérale de droit public depuis 1949. Son rôle est de maintenir et de préserver les caractéristiques culturelles du pays, d’encourager les créations de l’esprit en s’appuyant sur les forces vives des cantons, des différentes régions linguistiques et des divers milieux culturels, de promouvoir les échanges culturels entre ces régions et ces milieux, et d’entretenir des relations culturelles avec l’étranger. La fondation fournit des aides aux échanges culturels et finance des publications.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°44 du 26 septembre 1997, avec le titre suivant : La Confédération soutient la culture

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