La citadelle de Port-Louis et les trésors engloutis de la route des Indes

L'ŒIL

Le 1 juillet 2003 - 574 mots

Au XVIe siècle, la ville de Port-Louis – qui s’appelait alors Blavet – pratiquait le commerce des céréales et de la sardine, avant de devenir chef-lieu d’un gouvernement militaire, d’une direction de l’artillerie, et d’entretenir des relations avec l’Espagne, l’Irlande, Madagascar, le Sénégal, l’Inde ou la Chine. Érigée pour protéger Lorient, l’imposante citadelle, fondée par les Espagnols en pleines guerres de Religion, est marquée par une histoire mouvementée. Après l’accession au trône d’Henri de Navarre le réformé, le gouverneur de Bretagne – le duc de Mercœur –, se place sous la protection de Philippe II, roi d’Espagne. En 1590, trois mille Espagnols débarquent à Port-Louis, commandés par Don Juan del Aguila. La construction de la citadelle commence l’année suivante, mais à la fin de l’occupation espagnole, en 1598, Henri IV décide de sa démolition ; certaines parties vont résister et Louis XIII, en 1616, ordonne de reprendre la construction de ce lieu stratégique, alors nommé Fort Louis. Ce n’est qu’en 1641 que les travaux de fortification se terminent, et que sont bâtis le bastion et la poterne Saint-Nicolas, côté ville. Le bâtiment acquiert sa renommée avec le développement du grand commerce vers les Indes. Beaucoup de matelots rejoignent la compagnie implantée à Lorient, de l’autre côté de la rade. De nombreux bateaux partent de Port-Louis pour s’embarquer dans cette aventure, certains ne reviendront jamais. Les naufrages et les vestiges retrouvés sur cette route ont permis une meilleure connaissance des échanges intenses qui ont eu lieu entre l’Europe, l’Inde et l’Extrême-Orient.
Ce joyau de l’architecture militaire abrite aujourd’hui le Musée national de la marine – ouvert au public en 1978 –, le musée de la Compagnie des Indes – en 1984 – et l’exposition permanente « Trésors d’océan », inaugurée en juin 2002, première étape de la rénovation des espaces du Musée national de la marine à l’intérieur de la citadelle de Port-Louis. Conçue à partir du don de l’archéologue sous-marin Franck Goddio, l’exposition rassemble plus de cent soixante pièces de fine porcelaine et des vestiges provenant pour la majeure partie du galion San José, témoin des routes espagnoles entre les Philippines et le Nouveau Monde, de plusieurs jonques et d’un vaisseau de la Compagnie des Indes anglaise, le Griffin, retrouvé en mer de Chine. Les fouilles ont été menées par Franck Goddio en coordination avec le Musée national des Philippines. Ces objets exhumés des profondeurs sont présentés aux côtés d’une importante collection de canons provenant du Mauritius, trois mâts hollandais de quarante-cinq mètres échoué en 1609 et découvert en 1985, après trois cent soixante-seize ans d’oubli, au hasard d’une prospection dans les eaux gabonaises. La découverte de sa cargaison renseigne sur le marché asiatique de l’époque : cent quarante tonnes de poivre, du zinc pur en lingots. Certaines pièces de porcelaines – dont il ne subsiste souvent que des fragments – sont très rares, comme celles attribuées à l’Atelier des coupes à pied, ou les plats décorés de têtes de sceptres ruyi, censées exaucer tous les vœux. Le parcours de l’exposition propose une plongée sous-marine à la fois historique et artistique, du travail de fouille à la restauration des pièces. Conçue par Philippe Délis et l’équipe d’Integral studio, la scénographie s’harmonise parfaitement avec l’architecture du lieu. Une mise en lumière sobre et très contemporaine, qui révèle la beauté et les mystères de ces trésors repris à l’océan.

PORT-LOUIS (56), Musée national de la marine, citadelle de Port-Louis, tél. 02 97 82 56 72, www.musee-marine.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°549 du 1 juillet 2003, avec le titre suivant : La citadelle de Port-Louis et les trésors engloutis de la route des Indes

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