Samedi 17 novembre 2018

La Chine se penche sur le contemporain

La Biennale de Shangaï et la Triennale de Guangzhou témoignent de son effervescence artistique

Le Journal des Arts

Le 24 janvier 2003 - 659 mots

À travers deux expositions majeures, la Chine a tenté de porter un regard sur son effervescence artistique. Consacrée aux problématiques urbaines, la Biennale de Shangaï vient d’interroger artistes et architectes sur le pic de croissance des grandes métropoles chinoises, tandis que la Triennale de Guangzhou (Canton) est revenue sur la décennie passée, symbole de reconnaissance internationale pour les artistes chinois.

SHANGAÏ et CANTON (de notre correspondant) - La quatrième édition de la Biennale de Shangaï devait fermer ses portes le 20 janvier, mais elle n’en a sûrement pas fini avec la problématique qui l’a animée, celle de l’espace urbain et de sa situation critique en Chine. L’accent était mis sur ses aspects techniques à travers des invitations à des agences d’architectes (un panel haut de gamme et prospectif, des Japonais de l’atelier Bow-Wow aux Néerlandais de MVRDV), mais également sur la ville comme terrain d’expression et de créativité. Internationale, la Biennale comptait comme invités Andreas Gursky, Pipilotti Rist, Andrea Zittel, Monica Bonvicini ou encore Pierre Huyghe. Au cours des trente dernières années, la Chine a rapidement vu changer la physionomie traditionnelle de nombreuses villes, bien souvent réduites à un terrain d’expérimentation où s’exerce l’imagination effrénée des architectes modernes. Le sentiment d’avoir perdu au change, mal dont souffre une grande partie de la population, est exprimé dans les œuvres des artistes chinois d’avant-garde. Ceux-ci soulignent constamment l’aspect répétitif du paysage urbain moderne et l’étrangeté de l’individu, contraint de vivre à l’intérieur d’un ordre artificiel imposé par les instances supérieures. Le travail multimédia de Lin Tian-Miao et Wang Gongxin, Qui ? Ou là ?, en est un exemple : des formes spectrales habillées de vêtements raffinés se meuvent au milieu du sinistre paysage urbain de la ville de Pechino, moderne et méconnaissable.
Les projets présentés par les architectes montrent eux une oscillation entre la charge du préexistant et la recherche des matériaux les plus à la pointe visant à la construction de bâtiments, parfois extrêmement simples et fonctionnels – comme ceux dessinés par Liu Jiakun – et destinés à accueillir des milliers de personnes. Au final, la présence de projets étrangers donne aux Chinois une précieuse occasion de se confronter à d’autres traditions, à d’autres façons de vivre et à des conceptions diverses de l’espace urbain. Reste à espérer que ce dialogue qui s’ouvre à peine donnera naissance à des projets qui ne réduiront pas les villes chinoises à des amas multiformes de bâtiments gigantesques, dénués de l’aspect organique qui caractérise l’architecture traditionnelle.
Le sujet de la toute nouvelle Triennale de Guangzhou (Canton), qui se tient encore jusqu’à la fin du mois, est tout autre. Le but du commissaire de la manifestation, Wu Hung, professeur d’art chinois à l’université d’Harvard, était de revenir sur une décennie d’expérimentation, de 1990 à aujourd’hui. Le point de vue n’est pas seulement historique. Wu Hung se proposait également de repérer les tendances, et donc les directions, que l’art chinois est sur le point de prendre. En effet, si l’art produit en Chine dans les années 1980 est à présent tout à fait intégré dans l’histoire, la dernière décennie a été marquée par une expérimentation continuelle à laquelle aucune exposition n’a encore été pleinement consacrée.
Pour ce faire, 166 œuvres, réalisées par 135 artistes chinois, ont été réparties dans la triennale cantonaise en trois sections : “Mémoire et réalité”, “Le soi et le milieu” et “Local et global”. De façon classique, les deux premières sections revenaient sur le rapport des artistes à leur propre passé et à leur milieu, mais la troisième section touchait de plus près quelques-unes des questions fondamentales auxquelles l’art chinois contemporain est confronté aujourd’hui. Cet art peut-il être “exporté”, présenté à l’extérieur sans perdre de son identité ? Les artistes qui vivent et travaillent dans leur pays pourront-ils donner à leurs œuvres une valeur universelle, et donc internationale, hors des logiques de marché étroites qui, au cours des dernières années, ont fait le succès à l’étranger de beaucoup de leurs collègues ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°163 du 24 janvier 2003, avec le titre suivant : La Chine se penche sur le contemporain

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