La Chine pour l’éternité

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 18 août 2008

C’est en 122 avant J.-C., dans la ville de Canton, que fut scellée la lourde porte destinée à fermer pour l’éternité le tombeau de Zhao Mo, empereur auto-proclamé qui avait régné pendant quinze ans sur le sud de la Chine. Son grand-père avait été l’un des généraux du grand empire Qin Shihuang dont l’« armée ensevelie » a perpétué le souvenir. Inviolé pendant vingt siècles, ce « Palais du Bonheur éternel » a été éventré par hasard d’un coup de pelleteuse en 1983. Il comprenait au total sept pièces. Dans la salle principale, un double cercueil contenait le corps du roi vêtu de son « costume d’éternité », fait de milliers de plaquettes de jade cousues de fils de soie et destiné à lui assurer l’immortalité. Sa tête reposait sur un oreiller perlé. Selon la coutume, au temps des Han, une quinzaine de concubines, parmi lesquelles la Dame de droite, des serviteurs et musiciennes, retrouvés dans les salles adjacentes, avaient été sacrifiés et l’accompagnaient pour ce mystérieux voyage. Un millier d’objets précieux avaient été accumulés dans les différentes salles, des bijoux particulièrement somptueux, des ornements et récipients de jade, des figurines minuscules de danseuses et musiciennes également sculptées en jade, des vases de bronze remplis de provisions, des miroirs, des armes en bronze et en fer ainsi que vingt-trois sceaux dont plusieurs en or surmontés de représentations d’animaux. Ils se trouvaient soit entre les deux cercueils contenant le corps du roi, soit sur le sol de la salle. Le sceau du roi, en or, était surmonté du symbole de l’Empire, un dragon tandis que sur celui de la Dame de droite, on distingue une tortue. Exposées maintenant dans le musée construit à Canton au-dessus du tombeau, toutes ces pièces révèlent l’extraordinaire niveau de luxe et de raffinement atteint en Chine sous les Han. Une centaine des plus belles trouvailles exposées à Francfort devrait sans peine nous en convaincre. Après Francfort, tout regagnera la Chine.

FRANCFORT, Schirn Kunsthalle, 5 décembre -22 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°502 du 1 décembre 1998, avec le titre suivant : La Chine pour l’éternité

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