Vendredi 19 octobre 2018

galerie

La Calabre de Salerno

L'ŒIL

Le 1 mai 2000 - 268 mots

Les photographies de Paola Salerno sont traversées d’un doute sur la trame même de nos existences. Il y a dans son travail comme une interrogation sur ce récit qui enjambe les siècles et les millénaires, qui enlace les hommes à la plus effrayante des divinités, l’Histoire. Ce que montrent ces dix tirages couleurs grands formats, c’est d’abord une histoire personnelle, celle d’une femme originaire de la Calabre qui, après bien des années, revient dans cette région italienne où la pesanteur des traditions et des habitudes constitue à la fois un puissant lien communautaire et un rempart contre toutes formes de modernité. En ce sens, ces images parlent d’une terre et des gens qui l’habitent. Ici, un paysage brûlé par le soleil, là, les fondations de béton d’une maison jamais achevée, plus loin un homme (son oncle) assis devant son déjeuner. À sa manière, Paola Salerno est fidèle à son histoire intime. Cependant la très grande force de ce travail réside dans sa capacité à rejoindre l’universel. Nous sommes ici face à un art du présent, un art du fragment et de la totalité, ou plus exactement un art de la totalité dans le fragment car c’est le monde qui s’est cristallisé dans ces images, c’est l’histoire de chaque homme qui surgit là. Toute vie est éclairée par la mémoire de ses origines, toute vie trouve également sa justification dans les relations qu’elle entretient avec le monde des vivants. Ce monde à la fois stable et changeant, reconnaissable aux sens, intelligible à la pensée, c’est toujours le nôtre.

PARIS, galerie Martine et Thibault de La Châtre, jusqu’au 3 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°516 du 1 mai 2000, avec le titre suivant : La Calabre de Salerno

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