Lundi 10 décembre 2018

La cabane de l’oncle Pierrick

Pierrick Sorin domestique la vidéo à Paris et Nantes

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2001 - 669 mots

Transformée en appartement imaginaire, la Fondation Cartier accueille une mini-rétrospective de Pierrick Sorin. Au côté de ses célèbres saynètes burlesques, l’artiste montre quelques courts-métrages parodiques, dont Projets d’artistes, un faux documentaire exposé simultanément au Musée des beaux-arts de Nantes.

PARIS - Invité par la Fondation Cartier, Pierrick Sorin s’est octroyé un charmant petit pied-à-terre boulevard Raspail : un bâtiment réputé pour sa transparence, mais qu’il s’est empressé de transformer en un appartement obscur propre à accueillir une esquisse de rétrospective. Si, par son thème, ce mode d’exposition rappelle le Remake of the week-end présenté il y deux ans par Pipilotti Rist au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (lire le JdA n° 82, 30 avril 1999), la comparaison s’arrête rapidement. Là où la Suissesse se plaisait à rendre ses dispositifs invisibles en les intégrant dans le décor, Pierrick Sorin dispose ses installations vidéo sans stratagèmes. Placées dans un environnement gris, juste agrémenté de quelques outils, elles nourrissent une esthétique surannée de “bricolage high-tech”. La chose agace ou ravit, mais Pierrick Sorin est passé maître d’un art vidéo modeste et domestique, où le trucage fait main est préféré aux merveilles du numérique. Ainsi en est-il d’Art et télévision (2001), montage de plusieurs courts-métrages diffusé sur un fond scintillant obtenu par un petit mécanisme exposé à côté, ou des Cuisines de Trencavels (2000) qui intègrent des plans réalisés à partir d’un liquide bouillonnant filmé en direct ; sans même parler des innombrables jeux de miroirs aux effets toujours magiques.

Fidèle à son nombrilisme, Pierrick Sorin est évidemment partout : dans un aquarium au milieu des poissons rouges (Chorégraphies d’aujourd’hui, 2001), déguisé en Sorino le magicien (1999), ou en un abominable Jeannot Lapin (2001). De l’entrée à l’atelier, en passant par la chambre et la salle de bains, aucune des vingt œuvres n’échappe à un visage devenu familier au public français.

Les spectre des Inconnus
Mais l’usage narcissique de la vidéo, dont le sommet avait été atteint en 1993 avec C’est mignon tout ça (film où l’artiste se regarde en train de se caresser l’anus), côtoie aujourd’hui un univers parodique moins clos. Dans ce domaine, Aki Lost Ero (2001), pastiche d’un clip ringard, ou Sur la route de Chalon (2001), caricature d’un film d’auteur bavard, rivalisent dans la finesse avec les meilleurs moments des Inconnus. Le spectre du trio comique s’éloigne toutefois avec Projets d’artistes (2001), pied de nez manifeste mais amical à la politique culturelle de la Ville de Nantes. Prévu pour être distribué par l’Office du tourisme de la ville, ce faux documentaire de 26 minutes s’attache sur un ton très franco-allemand à commenter les commandes publiques réalisées par six artistes internationaux dans les rues de Nantes. Pierrick Sorin s’y livre à une formidable performance d’acteur en incarnant une galerie de portraits : Ricky Pierson, le jeune artiste anglais, interviewé devant sa bière, s’intéresse (tout comme Sorin pris dans son propre rôle) au contexte si particulier du Tramway, et Sirki Pinero, l’ombrageux Portugais projette sur la surface du CHU de Nantes des images où se mélangent en direct des peintures à la seringue, des vues d’opérations, et des films d’enfance. Vieux routard du 1 % culturel, l’ancien architecte Eros Pinekri entend, lui, transformer la Tour Bretagne en une lampe à huile psychédélique des années 1970. “Ce sera à la fois une lampe et un immense aquarium, tout en hauteur, qui dégagera de la lumière. Bien sûr, la nuit, on baissera l’intensité de la lumière pour ne pas gêner les habitants”, explique ce dernier. Ah, s’il restait quelques millions à la Mission 2000 en France...

- PIERRICK SORIN, 261 BVD RASPAIL, PARIS XIV, jusqu’au 27 mai, Fondation Cartier, 261 bd Raspail, Paris, tél. 01 42 18 56 50, tlj sf lundi, 12h-20h, www.fondationcartier.com, édition d’une cassette vidéo, 120 F.
- PROJETS D’ARTISTES, jusqu’au 15 avril, Musée des beaux-arts de Nantes, 10 rue Georges-Clemenceau, tél. 02 40 41 65 65, tlj sauf mardi et jours fériés10h-18h, dimanche 11h-18h, vendredi jusqu’à 21h, Zérodeux édite à cette occasion un hors série, 40 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°124 du 30 mars 2001, avec le titre suivant : La cabane de l’oncle Pierrick

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