Mardi 29 septembre 2020

Numérique

Paris-19e

La beauté du hasard

Le CentQuatre - Jusqu’au 4 mars 2018

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 12 février 2018 - 317 mots

Exposition phare de la Biennale Némo, « Les Faits du hasard » réunit une vingtaine d’œuvres numériques autour d’un double enjeu.

En convoquant la thématique du hasard, Gilles Alvarez et José-Manuel Gonçalvès, qui signent ici leur troisième collaboration, entendent d’abord inscrire l’art numérique dans la lignée de Marcel Duchamp, des surréalistes, de Pierre Boulez et de tous ceux qui ont vu dans l’aléa un principe esthétique de nature à contrer l’autorité de la religion, de la raison et de la science. Il entre aussi dans leur projet une volonté de redorer un champ créatif assimilé à ses dépens à l’interactivité.

Si l’art numérique mérite d’être défendu comme branche éminemment fertile de l’art contemporain, c’est du côté de la générativité qu’il faut chercher ses meilleurs atouts : en orchestrant l’aléatoire, il offre un contrepoint critique à un monde de plus en plus soumis au calcul et au prévisible. De fait, les œuvres disséminées dans diverses ailes du 104 ont d’abord le mérite de défaire l’image d’une œuvre d’art offerte au spectateur dans son parfait achèvement. La plupart se donnent pour des processus dont l’évolution se déploie sur la durée de l’exposition.

Il en va ainsi des stèles en phytoplancton de Fabien Léaustic ou encore de la fresque murale « post-humaine » Semi-Senseless Drawing Modules (2014) de So Kanno et Yang02, également exposée à la gare de Lyon, dont les dessins s’élaborent au gré du passage, du taux d’humidité et de la température. Mais, en se chargeant de l’air du temps, des aléas de l’environnement et de toutes formes de sérendipité, les œuvres présentées au 104 révèlent au passage leur synesthésie et leur capacité à déceler au cœur de l’imprévu de poétiques correspondances entre formes, sons et images.

D’Aquaphoneia (2016) de Michael Montanaro et Navid Navab, qui traduit la voix humaine en sons aquatiques, aux Piano Migrations (2010) de Kathy Hinde, le hasard joue une partition sensible et sensorielle aux vigoureux accents poétiques.

informations

« Les Faits du hasard »,
Le Centquatre-Paris, 5, rue Curial, Paris-19e, www.104.fr et www.biennalenemo.fr

Thématiques

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°709 du 1 février 2018, avec le titre suivant : La beauté du hasard

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