Dimanche 15 décembre 2019

Modernité

Klee face aux avant-gardes

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2011 - 707 mots

La Cité de la musique, à Paris, pointe la relation entre Paul Klee et certains mouvements du début du XXe siècle qui ont pu influer sur son travail, en rapport avec la musique.

PARIS - Paul Klee (1879-1940) est né un violon à la main, ou presque. Issu d’une famille de musiciens, l’artiste suisse a échappé à l’atavisme familial en choisissant de se consacrer à sa seconde passion : la peinture. S’il considérait que la musique avait atteint, dès le XVIIIe siècle, un idéal d’équilibre formel, il estimait que la peinture était encore un champ d’expérimentation. La musique, cette « bien-aimée ensorcelée », a su pourtant trouver le chemin de ses œuvres, tout au long de sa carrière, et sous des formes complexes et variées. En chercheur effréné, Klee a livré une étude poussée et très personnelle de ce que la musique pouvait apporter à l’art, en termes de structure mais aussi d’émotion. Exposition pointue mais passionnante, « Paul Klee, polyphonies », à la Cité de la musique, à Paris, présente un Klee baignant dans les avant-gardes, visuelles comme musicales.

Captivé par l’idée de transposer la richesse de la musique dans ses œuvres, Klee a fréquenté quelques-uns des hérauts des pensées esthétiques révolutionnaires, et a retiré de ces dialogues des solutions plastiques. Ce, tout en conservant pour figures tutélaires Mozart et Bach, car il n’a jamais véritablement troqué son violon pour un pinceau.

Concerts au Bauhaus
Organisée en partenariat avec le Zentrum Paul-Klee de Berne, en Suisse, l’exposition aborde la thématique, certes récurrente, des liens entre l’œuvre de Klee et la musique, mais à l’aune cette fois de ses rencontres avec ses pairs. Les toiles de ses contemporains (Franz Marc, Auguste Macke, Robert Delaunay et Vassily Kandinsky) viennent ponctuer le parcours chronologique pour un voyage à travers les avant-gardes du début du XXe siècle. Les fameuses « correspondances » rimbaldiennes, qui nourrissaient le discours des membres du groupe Der Blaue Reiter, à Munich, duquel Klee s’était rapproché au début des années 1910, ont d’abord marqué son travail sur la couleur. La notion d’harmonie, qui qualifie tout autant les notes que les couleurs, est poussée plus loin, l’artiste travaillant sur l’idée d’une « polyphonie » de couleurs.

Peu de temps après, il côtoie les membres de Dada. Il s’inspire alors de la retranscription de la musique (les notes sur une partition), pour inventer un modèle de retranscription abstraite de la nature. Abstract-phantastischer Garten (Jardin fantastique abstrait, 1920) illustre ce passage du paysage au motif abstrait. Enfin, c’est sans surprise qu’on le retrouve dès 1920 dans le corps professoral du Bauhaus à Weimar, puis à Dessau, deux institutions au programme pédagogique progressiste – la musique n’étant pas enseignée au Bauhaus, Klee tenait à y organiser des concerts réguliers. Le paradigme musical atteint alors son apogée, et Klee utilise la musique comme un outil pédagogique, un moyen de transmission. Là encore, l’idée de polyphonie (ou superposition d’éléments disparates et autonomes) entre en jeu. En jouant avec les transparences, les répétitions, les tonalités, Klee insuffle à ses œuvres les notions d’harmonie, de rythme, de durée (Fugue en rouge, 1921). Il compose. Plus tard, à la Kunstakademie de Düsseldorf où il enseigne de 1930 à 1933, sa recherche technique prend toujours plus d’ampleur. Privilégiant la peinture, il n’en finit pas de transposer des formes musicales sur la toile.

L’image du musicien imprègne toute sa carrière, sur un ton tantôt humoristique, tantôt tragique. Exécuté à ses débuts, Le Pianiste en détresse, pastiche à l’acide d’un musicien vu de dos et nu, au corps transparent qui se délite, a cela d’amer qu’il résonne avec la série Eidola, réalisée peu avant sa mort en 1940. Klee souffre alors de sclérodermie, qui freine ses mouvements ; ses « ex-musiciens » ont fait corps avec leurs instruments, mais ont toute les peines du monde à se faire entendre.

PAUL KLEE, POLYPHONIES

Commissaires : Éric de Visscher, directeur du Musée de la Musique ; Marcella Lista, historienne de l’art
Œuvres : environ 130 œuvres (tableaux, œuvres sur papier) et 70 documents

Jusqu’au 15 janvier 2012, Cité de la Musique, 221, av. Jean-Jaurès, 75019 Paris, tél. 01 44 84 45 00, www.cite-musique.fr, tlj sauf lundi et jf 12h-18h, dim. 10h-18h. Catalogue, coéd. Cité de la musique/Actes Sud, 208 p., 49 €, ISBN 978-2-33000-053-0.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°357 du 18 novembre 2011, avec le titre suivant : Klee face aux avant-gardes

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque