Klee, entre mémoire et musique

L'ŒIL

Le 1 décembre 1998

En 1914, Paul Klee voyage en Tunisie en compagnie d’August Macke. C'est la révélation. « La couleur me tient, je n'ai plus besoin de la poursuivre (...), moi et elle ne faisons qu'un. Je suis peintre ». L’artiste, qui ne restituait de la lumière et de la couleur que des effets monochromes, va désormais explorer toutes les tonalités du cycle chromatique, les assemblant telles des notes de musique en veillant aux rapports harmoniques qu’elles entretiennent, rythmant ses toiles de leurs contours géométriques simples. À partir de ce séjour, et jusqu’à la fin de sa vie, l’artiste s’oriente vers un monde de fantaisie et d’abstraction formelle ouvrant directement sur son univers intérieur, un monde confinant parfois à l’onirisme. Comme les surréalistes, le processus créateur prend, selon lui, sa source dans la mémoire profonde des êtres et se situe au-dessous du niveau de la conscience – mais contrairemement à eux, l’œuvre ne surgit pas automatiquement du subconscient ; elle est le fruit de préoccupations plastiques et d’une maîtrise technique. La galerie Krugier explore ces « Traces de mémoire » à travers une centaine de peintures, aquarelles et dessins, avec une attention particulière sur les dernières années de l’artiste. En 1940, conscient de sa disparition imminente – il est atteint depuis 1935 d’une sclérodermie qui l’emportera –, Klee réalise trois-cent-soixante-six œuvres, une par jour. Autant de victoires symboliques sur le temps, manières de conjurer la fugacité de la vie et ultimes tentatives d’imprimer sa marque sur l’histoire humaine.

GENÈVE, galerie Jan Krugier, jusqu’au 15 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°502 du 1 décembre 1998, avec le titre suivant : Klee, entre mémoire et musique

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