Jeudi 12 décembre 2019

art public

Klaus Pinter entre au Panthéon

L'ŒIL

Le 1 juin 2002 - 355 mots

Invité par Monum à intervenir dans le Panthéon des Grands Hommes, l’artiste autrichien Klaus Pinter s’est plu à revivifier le monument de Soufflot en nous livrant Rebonds, une installation éphémère qui s’inspire des valeurs luministes. Loin d’ignorer que la sphère, forme idéale et symbole égalitaire sous la Révolution, était au cœur des préoccupations de nombreux architectes du XVIIIe (Boullée, avec le Cénotaphe d’Isaac Newton ou Ledoux, avec sa Maison des gardes champêtres), Klaus Pinter s’est réapproprié cette forme instable pour son projet artistique. La nef et le chœur du bâtiment, auxquels on ne peut plus accéder pour des raisons de sécurité, abritent deux gigantesques sphères gonflables d’une hauteur totale de 24 mètres. Les peintures murales de la coupole semblent se refléter sur la surface convexe de la première, tandis que la seconde, transparente, semblant flotter en apesanteur, entraîne le regard vers les voûtes où le visiteur n’a plus l’habitude de poser les yeux. L’effet obtenu perturbe l’appréhension de la perspective mais restitue différents plans-séquences qu’on ne peut plus percevoir directement et re-dynamise considérablement le bâtiment. Loin de rompre l’harmonie des lieux, les dimensions des deux sphères reprennent le module de 12 mètres observé dans l’ensemble de l’édifice. La sculpture, constituée de nombreux fuseaux de bâches cousus entre eux, animée par une puissante soufflerie, évoque également l’aérostat des frères de Montgolfier lancé à la conquête des cieux, rappelant l’adage révolutionnaire : « Le ciel est à nous. » L’artiste, qui n’en est pas à son coup d’essai, a réalisé une dizaine d’interventions dans divers monuments historiques de Saint-Pétersbourg, Vienne, du Caire... Pour le Panthéon, il lui a semblé évident que seule une structure gonflable pouvait entrer en concurrence avec un monument aussi imposant architecturalement que symboliquement. Enfin, il ne faut pas quitter les lieux sans observer le dialogue intéressant qui se noue entre l’installation contemporaine et les sculptures qui peuplent le monument : le groupe formé par la Convention nationale semble s’exclamer face à une telle intrusion, tandis que Chateaubriand, placé à moins d’un mètre de la sphère, paraît totalement abasourdi.

- PARIS, Panthéon, place du Panthéon, tél. 01 44 32 18 00, 5 avril-30 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°537 du 1 juin 2002, avec le titre suivant : Klaus Pinter entre au Panthéon

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