Mercredi 19 décembre 2018

musée et galerie

Jourdain et la beauté pour tous

L'ŒIL

Le 1 octobre 2000 - 320 mots

Barbe en pointe, crâne dégarni, lunettes de travers, l’homme semble tout droit sorti d’un album de Hergé. Dominant les toits de Paris, il surplombe un pan de mur carrelé blanc bleu dans lequel on reconnaît aisément l’immeuble de son ami Henri Sauvage, au 26, rue Vavin. Nous avons tous en tête cette photographie de Robert Doisneau, fixant dans nos mémoires les traits de Francis Jourdain (1876-1958). Prise en 1956, elle est réalisée deux ans avant sa mort, au terme d’une longue carrière polymorphe entamée dans les années 1890 comme peintre, dans la mouvance nabie. Considérant bien vite que « passion n’est pas vocation », l’homme se tourne vers les arts appliqués et assure leur mutation à la jonction entre Art Nouveau et Art Déco. En 1913, il découvre en effet les écrits de Adolphe Loos, précurseur du Bauhaus, dont il partage les conceptions radicales. Place aux bois simples, aux lignes pures, à l’ascendant de la fonction sur la forme, à « la beauté pour tous ». Ces mots d’ordre sont merveilleusement illustrés dans l’immeuble de Sauvage dont Jourdain réalise le mobilier et où il a élu domicile. On les retrouve également dans ses fameux Interchangeables, ces meubles à unités modulables commercialisés au moyen de catalogues de vente par correspondance. Membre fondateur en 1929 de l’Union des Artistes modernes aux côtés de Le Corbusier, Chareau, Mallet-Stevens, on le retrouve après-guerre écrivain, critique d’art, puis homme politique. Il évolue dans les milieux d’extrême-gauche et fonde le Secours Populaire français. Après Albi et Alès, St-Denis et Roubaix se font l’écho de cette vie mouvementée à travers une exposition itinérante et évolutive, à l’image de cette personnalité effervescente. Parallèlement, la galerie Doria, qui collectionne depuis 15 ans les œuvres du créateur, lui consacre son exposition de réouverture, après neuf mois de travaux.

SAINT-DENIS, Musée d’Art et d’Histoire, jusqu’au 18 décembre et PARIS, galerie Doria, jusqu’au 18 novembre, cat. éd. Somogy, 168 p., 230 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°520 du 1 octobre 2000, avec le titre suivant : Jourdain et la beauté pour tous

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